Ils s'engagent

Les villes sont-elles viriles ?

La ville se donne-t-elle un genre ? C'est le titre du webdoc produit par l'association Womenability qui nous invite à découvrir les problématiques de genre en milieu urbain, celles et ceux qui se battent au quotidien pour changer les choses.

Créée en 2014 par trois jeunes parisiens, l’association s’est donnée pour but de faire de l’égalité des sexes, une réalité dans l’espace urbain. Entre mars et septembre 2016, les membres de l’association sont partis dans 25 villes du monde à la rencontre des activistes et des initiatives qui rendent les villes plus womanfriendly. De cette excursion militante sont nés un rapport, une exposition et un webdocumentaire intitulé La ville se donne-t-elle un genre ? Sous forme de capsules vidéo d’1mn30, ce webdoc vous emmène du Nord au Sud, découvrir les problématiques de genre en milieu urbain, celles et ceux qui se battent au quotidien pour changer les choses.

Pour en parler, nous avons rencontré Charline Ouarraki, présidente de l’association Womenability.

Julien, Charline et Audrey – les fondateurs à l’origine de cette aventure

Vous abordez la question des inégalités homme/femme par la prisme de la ville, comment êtes-vous arrivée à ce sujet ?

Charline Ouarraki : Un des postulats, c’était de se dire que les femmes et les hommes n’utilisent pas la ville de la même manière. On s’est intéressé à toutes les thématiques que pouvaient recouvrir la ville : que ce soit la mobilité, la vie de famille, les activités sportives, la propreté, la sécurité, et également l’amour, le fait de pouvoir s’exposer ou pas avec un partenaire, et on s’est  demandé si il y avait des inégalités dans la ville liées au genre. A l’époque en 2015, le genre et la ville n’étaient pas un sujet, il y avait vraiment très peu d’études, c’était plutôt un sentiment qui était exprimé par la moitié de la population. Il fallait donc mener une étude qui nous permettait de chiffrer ces inégalités pour que ça devienne un sujet.

 

Quels sont les signes visibles d’une ville pensée par et pour les hommes ?

En fait dès le départ, beaucoup de logiciels de conception des urbanistes et des architectes prennent comme modèle un homme d’1m80, 70 kg pour construire les infrastructures. Donc la hauteur des bancs, des rampes, tout est fait en fonction de ce modèle. Le fait d’aborder les problématiques par l’angle du genre ce n’est pas forcément les résoudre que pour les femmes. A Vienne, par exemple il y a plusieurs niveaux d’accroche dans les bus qui prennent en compte différentes tailles, cela peut bénéficier aux seniors, aux enfants, mais aussi aux personnes de petite taille. Comme quoi, c’est possible de changer de logiciel !

 

Quelles sont les villes les plus womenfriendly ?

Les villes du Nord de l’Europe ou Vienne sont des villes qui ont pris en compte ces problématiques depuis les années 90. Les décisions administratives passent par une sorte de tamis, une vraie réflexion. Ils ont introduit le gender budgeting qui est l’évaluation des politiques publiques d’un point de vue du genre. Ils se sont rendu compte qu’à partir d’un certain âge, les filles avaient tendance à disparaître de l’espace public. A partir de cela, ils ont conçu des espaces beaucoup plus ronds, beaucoup plus aérés tout en permettant une certaine intimité mais qui favorisent le fait d’être vu et de voir. En Suède, par exemple, on a réservé des jours aux jeunes filles pour qu’elles puissent s’approprier des espaces habituellement utilisés par les garçons comme les skateparks ou les city stades. Parce qu’il y a toujours ce sentiment de sécurité ou d’insécurité, qui existe, dès le plus jeune âge qu’on soit un homme ou une femme.

 

Selon les régions du monde, le combat pour rendre la ville plus égalitaire ne doit pas être le même ?

Effectivement, à Mumbaï en Inde, les femmes organisent des marches de minuit à trois heures du matin juste pour revendiquer le droit de marcher dans l’espace public la nuit, donc ça n’est pas la même problématique qu’à Paris. Il y a une disparité des combats mais un même objectif qui est le droit à la ville, le droit d’en profiter, plus que de se sentir simplement en sécurité.

 

Après votre tour du monde, quelles sont, selon vous, les premières initiatives à prendre pour que la ville soit moins hostile aux femmes ?

Il y a un travail à faire au niveau de la représentation de la femme. Cela passe par le nom des rues, des équipements, des stations de bus ou de métro. On a voulu par exemple donner des noms de femmes à des stations d’une nouvelle ligne de Tramway à Paris  mais ça a été très compliqué car pour nommer une station, il faut qu’elle soit en relation avec une rue, un parc à proximité. Donc il a fallu renommer les rues alentours pour pouvoir créer ces stations. La question de la représentation des femmes dans la publicité est aussi à aborder. Elle n’est pas forcément très valorisante. Il faut que les femmes se sentent légitimes dans l’espace public.

 

Le mouvement #Metoo a remis les violences faites aux femmes au centre des débats et semble être porteur de nouvelles avancées. La marche vers l’égalité est encore longue ?

On est peut être aux prémices d’une révolution, d’une troisième vague du féminisme. C’est vrai qu’il y a une énergie qu’il ne faut pas perdre et qui doit servir à améliorer les choses. Il y a une médiatisation qu’il n’y avait pas avant, et quand il y a médiatisation, il y a forcément débat. Après l’espace public, il y aura le combat de l’espace numérique où le cyber harcèlement est très présent.

 

Pour découvrir, le webdocumentaire La ville se donne-t-elle un genre ?, c’est ici !

 

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