Ils s'engagent

Mylène L’Orguilloux secoue l’industrie du textile

Concevoir toute une garde-robe sans la moindre chute de tissu, voici le pari audacieux de Mylène L’Orguilloux, ingénieuse modéliste bordelaise. Rencontre.

Dans le secteur de la mode comme partout ailleurs, il n’y a pas de petites économies. En réalité, il n’y en a même que des grosses. « En moyenne, lors du processus de création d’un vêtement, 15 % du tissu n’est pas utilisé et donc jeté » nous explique la modéliste Mylène L’Orguilloux, la voix douce et posée. Un pourcentage de tissu important donc, qui sert d’épiphanie à la jeune femme. Pourquoi ne pas agir autrement, en limitant les pertes à… 0 % ?

Mylène L’Orguilloux, ingénieuse modéliste bordelaise

« J’ai travaillé trois ans dans l’industrie textile mais peu importe la marque, il y a toujours le même problème : la quantité de chute générée. » Alors, Mylène se relève les manches et se jure de ne plus acheter de vêtements pendant toute une année. A contrario, elle les concevra elle-même de à A à Z, dans son atelier bordelais, bien loin de l’agitation parisienne. Elle écume les marchés de la ville, ainsi que le centre de tri, pour récupérer des tissus abandonnés, des fins de rouleaux industriels à prix cassé. Avec la lutte contre le gaspillage comme mantra.

Entre rigueur et compromis

Deux ans plus tard, l’artiste de 26 ans en a fait du chemin et n’a toujours pas cessé d’emboiter ses patrons, au millimètre près, dans le but d’obtenir comme résultat final un vêtement avec zéro déchet. Un exercice qui n’est pas de tout repos : « Au niveau de la technique, je suis forcément plus limitée, la phase création est plus longue. Je dois développer des formes qui s’imbriquent parfaitement les une dans les autres. Si bien que je saute volontairement l’étape dessin, je créé en modélisant directement mes patronages. C’est finalement beaucoup de mathématiques et de compromis ! » Des concessions qui semblent lui réussir, puisque ce qui n’était qu’un challenge personnel est devenu l’une des rares griffes françaises anti-perte, MILAN AV. JC.

MILAN AV-JC, Zero waste fashion design

Forcément, ne vous attendez pas à toute une collection de pièces comme le proposent les marques fast-fashion, Mylène étant seule sur le navire. Même si, pour satisfaire les amateurs, elle promet de faire des efforts. « A partir du 12 mars, les objets témoins créés en 2017 qui n’ont pas encore trouvé preneur seront sur l’e-shop. Et je proposerai de manière régulière de nouvelles pièces, à raison d’une par semaine » assure-t-elle, sous-entendant accélérer la cadence de travail.

 

Secouer toute un industrie

Chaque année dans le monde, 60 milliards de m2 de tissus sont jetés lors de la découpe industrielle de nos vêtements

Il faut dire que travailler avec l’objectif de limiter à 0 % les matériaux sacrifiés n’a rien d’une sinécure. Pas tant d’un point de vue économique, mais plutôt créatif, ce qui expliquerait selon elle l’immobilisme de l’industrie du textile : « La conception du vêtement n’a pas bougé depuis des centaines d’années ! Si on veut modifier un peu les choses il faut remettre en cause tout le processus standard de création. Et pour les marques, il est difficile de sortir de leur zone de confort. »

 

Mobiliser les créateurs de demain

Pour faire renverser la vapeur, Mylène organise des ateliers, partage ses patrons avec le grand public, mais aussi les entreprises et écoles qui formeront les créateurs de demain.

atelier zéro déchet

Son rêve ? Casser la sempiternelle linéarité inculquée dans l’environnement scolaire. « Le modélisme est un métier rigoureux on l’où ne nous apprend pas à nous questionner. On ne fait qu’appliquer. Je trouve qu’il est important de montrer aux futurs acteurs de la mode qu’il y a d’autres alternatives. Et si on s’y met à plusieurs nous n’aurons que plus d’impact ! »

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