C'est là que ça se passe

Studygram : la communauté 2.0 qui vous donne l’envie d’ouvrir vos cahiers

Exit, les jolis clichés Instagram dédiés aux vacances ou aux virées shopping. Composée de quelques étudiants appliqués et désireux de partager leurs astuces de rangement, la communauté Studygram s’efforce à glamouriser les outils scolaires. Décryptage d’une tendance aussi studieuse que ses adeptes.

Rendre l’école et plus particulièrement les fournitures scolaires glamour et désirables, voici le pari fou de la « communauté Studygram ». Qui ? Un collectif d’étudiants de tous âges, nationalités ou niveaux d’études qui dévoue l’intégralité de son contenu Instagram (comprenez par là les photos mais aussi les stories) aux stylos parfaitement alignés, à la papeterie raffinée ou l’organisation scolaire de manière plus globale. Oubliez ainsi d’emblée les photos de beuveries estudiantines qui pullulent sur les réseaux sociaux. La communauté Studygram (contraction du verbe « study », soit étudier, et « Instagram »), elle, s’efforce de partager les plus beaux clichés de bureaux ou planificateurs.

Prouver qu’Instagram n’est pas que procrastination

Le but de ces internautes ? Se motiver et s’inspirer les uns les autres, offrant dès lors comme un bol d’air frais à l’habituelle vitrine de la plateforme d’images, où règnent habituellement photos de voyages ou de vêtements à la mode… Et, dans la foulée, faire un petit pied des nez aux plus septiques convaincus qu’Instagram n’est qu’un outil pour procrastiner. « Je pense que le fait d’avoir la possibilité d’apparaître dans le flux de quelqu’un pendant qu’il fait défiler son écran est un excellent rappel, une manière non-forcée de lui dire Hé, et si tu passais les dix prochaines minutes à faire quelque chose pour tes cours ? » nous explique Emmastudiess, figure de proue de la communauté.

Assumer son « côté ringard »

Plus encore, il s’agit pour tous ces étudiants de se réunir autour d’envies communes. D’aucuns le savent : être un élément studieux peut parfois renvoyer une image peu attirante auprès des autres élèves où, selon le cursus et niveau scolaire, rigueur et popularité sont incompatibles – il s’agit néanmoins ici d’un cliché qui a la dent dure. La jeune influence aux quelques 300 000 abonnés n’ira pas nous contredire : « Studygram montre aussi qu’il n’y a pas de honte à partager ce petit côté ‘ringard’ d’étudiants modèles que nous avons tous ! »

Une mode éphémère, comme le papier ?

Si la communauté connaît actuellement son petit succès, il est néanmoins difficile de miser sur une certaine pérennité. Pour Éric Delcroix, coauteur de Les réseaux sociaux sont-ils nos amis ?, la mouvance Studygram serait, comme tant d’autres avant elle, éphémère. « Studygram fait partie des traditionnels ‘trucs et astuces’. On aime toujours recevoir des petits conseils d’organisation. Certains apprenaient avec les flash cards. Il y a quelques années, il y a aussi eu la mode du bullet journal. Aujourd’hui, on n’en parle plus ! »

L’expert pointe aussi le principal sujet des posts, soit les cahiers. S’il admet « qu’un cours bien écrit donne toujours envie », notre spécialiste des réseaux sociaux estime que le papier est actuellement en fin de vie. Et, de facto, la communauté qui s’appuie dessus aussi : « C’est un peu le chant du cygne. Dans quelques années, il n’y aura même plus de cahiers, en toute objectivité. Le papier est appelé à disparaître. C’est un débat récurrent : va-t-on continuer à écrire à la main ? » Dans ce futur hypothétique, nos « influenceurs scolaires » devront peut-être envisager de communiquer, non plus sur la propreté de leurs carnets de notes, mais sur celle de leur PowerPoint… ce qui serait tout de même nettement moins ragoutant, vous en conviendrez.

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