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Résilience urbaine : reconstruire la collectivité après un traumatisme

Attentats terroristes, crue de la Seine, épisodes caniculaires : la ville de Paris vient d’adopter un plan d’action pour se reconstruire après ses récents traumatismes - et se préparer aux crises à venir.

Fidèle à sa devise « Fluctuat nec mergitur », « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas », Paris s’est dotée d’une « stratégie de résilience » pour faire face aux aléas des prochaines décennies. Fruit de deux années de travail, le programme a été présenté par Anne Hidalgo et ses cosignataires à l’Hôtel de Ville le 4 octobre dernier. La capitale s’est engagée à dédier 10% de ses investissements à cette stratégie de résilience, qui s’appuie notamment sur le réseau « 100 Résilient Cities », une initiative de la Fondation Rockefeller destinée à aider les métropoles confrontées aux chocs et aux stress chroniques.

 

« Fluctuat nec mergitur »

Si Paris a adopté sa devise en 1853, sa popularité est un phénomène récent. « Dans la deuxième moitié du XXème siècle, on était sûrs que la technique allait nous protéger de tout, témoigne Sébastien Maire, Haut responsable de la Résilience de la ville de Paris. J’ai grandi à l’époque où on pensait qu’on irait travailler en voiture volante… Et puis il y a eu le naufrage de l’Erika, l’ouragan Sandy, les attentats terroristes… On a pris de nouveau conscience de l’ampleur de nos vulnérabilités. »  À Paris, les attentats de 2015 puis la crue de 2016 ont consacré cette logique de résilience. « La devise de la ville, qui avait déjà été utilisée par les Parisiens en 1910 pendant la Grande Crue, a été redécouverte et peinte sur les murs de la ville, spontanément, au matin du 14 novembre, poursuit-il. La résilience redevient pertinente aujourd’hui parce que l’avenir est incertain. » Outre la menace terroriste, une crue centennale comme celle de 1910 exposerait plus de 100 000 logements parisiens, et près d’un demi-million sur l’ensemble de l’Ile-de-France.

En cas de nouvelle crise majeure, Paris sera-t-elle prête? « Je ne sais pas si on peut avoir la prétention de dire qu’un territoire sera prêt à un moment donné, reconnaît Sébastien Maire. La résilience est un processus, pas une planification. On doit se remettre en question en permanence. »

 

Les acteurs de la civic tech au service de la résilience

Dans cette optique, la ville de Paris a fait appel à l’agence Five by Five, qui organisera début 2018 le « Resilient Paris Innovation Fellowship ». Ce programme d’incubation vise à trouver des solutions autour de l’urbanisation, de la cartographie, de la solidarité ou de la data science. « On peut imaginer par exemple un moyen de crowdsourcer les risques partout dans Paris, à partir de données provenant des réseaux sociaux ou collectées automatiquement, explique Edward Gomaa, directeur du programme. Cela reste du domaine de la science-fiction, pour l’instant, mais on pourrait agréger et synthétiser ces données pour créer une sorte de dashboard de la ville de Paris grâce au machine learning, et mettre en place un baromètre de risques : catastrophes naturelles, terrorisme… Le défi va être de transformer ensuite ces données brutes en un outil fonctionnel, directement utile pour devenir plus résilients. »

 

Une problématique psychologique et philosophique

Héritier de la neuropsychiatrie, le concept de résilience doit sa popularité à Boris Cyrulnik, figure tutélaire de la stratégie adoptée par la Mairie de Paris. « Après un choc psychologique, ou bien on reste prisonnier du passé – c’est la définition du syndrome psychotraumatique -, ou bien on se remet à vivre. C’est cela, la résilience, explique le chercheur en marge de la conférence. La question va être de découvrir les facteurs de cette résilience, qui sont biologiques, affectifs ou sociaux et culturels – et de savoir si on peut les appliquer à la résilience urbaine. Dans un village de quelques centaines d’habitants, où on connaît ses voisins et où on va ensemble pleurer ses morts, la résilience est presque spontanée. Mais dans une grande ville, comment faire ? »

Pour Boris Cyrulnik, la résilience d’un individu et d’une communauté suivent une logique similaire. « Dans le cadre familial, la déstructuration du lien social est facteur de vulnérabilité. C’est la même chose sur le plan social. Plus on s’éloigne du centre cultivé, où le lien social est fort, plus les gens ont du mal à se remettre du choc. C’est là qu’ils redécouvrent un processus archaïque de sociabilisation : la loi du plus fort. »  Pour pallier ce phénomène, les collectivités ayant subi un choc devront retrouver le sens de la solidarité : la cohésion sociale sera la clef de voûte de la résilience.

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