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Quitter Facebook, une démarche impossible à suivre ?

L'affaire Cambridge Analytica donne des idées à certains utilisateurs déçus : et s’ils désertaient purement et simplement le réseau social ? Problème, si l’exil, sur le papier, n’a rien de bien compliqué, la démarche est dans les faits bien plus nébuleuse à mener. On vous explique pourquoi.

Stupeur et tremblements du côté des adeptes de Facebook – quelques deux milliards à travers le globe. Si leur réseau social préféré n’a jamais été connu comme un parangon de confidentialité, d’aucuns n’auraient pensé que l’interface permettait si aisément à d’autres de recueillir nos renseignements les plus personnels. Mais depuis la célèbre affaire Cambridge Analytica (ou l’histoire d’une firme qui récupère les données de 87 millions d’usagers avant d’être embauchée par l’équipe de campagne de Donald Trump) la donne a changé. Et se pose désormais un dilemme : pour protéger au mieux sa vie privée, faut-il quitter Facebook, auquel nous étions pourtant si fidèles, voire dépendants ? Même si au fond, la véritable interrogation en filigrane reste celle-ci : est-il seulement possible de quitter l’iconique plateforme ?

En effet, outre l’aspect technique, quitter Facebook semble, émotionnellement parlant, des plus complexes. Et simplifier cette difficulté en évoquant la présumée addiction qui nous relie à l’interface relèverait sans doute du poncif. D’autant plus qu’en réalité, le phénomène est bien plus dense à expliquer et surtout, parler de subordination n’est pas totalement juste, puisqu’elle ne concerne pas tous les publics. Éric Delcroix, co-auteur de Facebook – On s’y retrouve, l’explique ainsi : « la génération Z utilise moins Facebook, elle est plutôt orientée Instagram et Snapchat. C’est la génération Y qui en est vraiment férue. »

 

En quête d’harmonie

Même si au fond, qu’importe notre classification alphabétique ou notre attachement au réseau : la peur de le quitter demeure. D’abord, pour des raisons sociales. Facebook apporterait une parfaite harmonie au sein de nos relations, selon notre expert : « Nous avons besoin de liens forts (les gens que l’on voit quotidiennement) et de liens faibles (les amis d’enfance, ceux qu’on croise tous les trois ans). Les liens faibles nous apportent une certaine ouverture d’esprit, les liens forts un équilibre. » Force est de constater qu’avec son système « d’ami(e) à ajouter », l’outil de Mark Zuckerberg permet comme aucun autre réseau cette nécessaire stabilité.

 

Passion espionnage

Autre facteur, d’apparence moins honorable mais qui reste à prendre compte, notre fascination pour l’espionnage. Nombre d’études ont prouvé qu’il pouvait s’avérait hautement gratifiant d’épier les autres. Une curiosité pas si malsaine, puisque le besoin de scruter à la loupe le cadre qui nous enveloppe fait intrinsèquement partie de nous. C’est cette même curiosité qui nous fait suivre les actualités, et nous rend sensibles au FOMO « fear of missing out », ou la peur de passer à côté de quelque chose. « On se dit tout le monde y est, alors je dois y être, rapport Éric Delcroix. D’autant plus que les que les générations Y et Z, si elles ne les sont pas les seules à être sur Facebook, ont toujours peur de louper une info. » Délaissant dès lors quelque peu leur hygiène numérique.

 

Pas l’ombre d’une vraie concurrence

Enfin, impossible pour les utilisateurs de migrer sur une autre plateforme pour se consoler. « Facebook est le roi des réseaux sociaux, et au final les concurrents sont plutôt peu nombreux. Si on réfléchit vraiment, il y aussi Linkedin et Google + dont personne ne parle, ainsi que Myspace (eh oui, la plateforme de blogs orientés musique existe toujours, NDLR). » Quid de Twitter, Instagram et Snapchap ? « Ce sont des médias sociaux plus que des réseaux ! Le principe de Facebook c’est qu’on cumule tout se qu’on fait à un seul endroit, qu’on indique toutes nos actions. On pourrait l’avoir un peu dans Twitter, mais la durée de vie d’un tweet est trop courte. Facebook reste l’option idéale, on publie aux gens qui ont accepté de nous suivre. » Autant vous dire qu’en dépit des déboires, Facebook n’est pas prêt à voir sa côte de popularité chuter en flèche, absence de réelle concurrence oblige.

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