C'est là que ça se passe
© Alain Monot

Le propre et le sale de l’homme au coeur de la nouvelle causerie de David Wahl

Ecrivain, dramaturge et interprète, David Wahl a de nouveau mêlé recherches savantes et récits populaires, savoirs et curiosités, scène et science dans sa quatrième et dernière causerie littéraire Le Sale Discours. Cet auteur singulier s’est attardé cette fois-ci sur une réflexion entre l’homme, le propre et le sale.

Qu’est-ce qui est propre ? Qu’est-ce qui est sale ? Si la question peut paraître triviale, elle revêt pourtant un intérêt crucial dans nos sociétés modernes. En s’immergeant au sein de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), en enquêtant à l’Institut Curie et en rencontrant des experts, David Wahl a condensé deux années de recherche dans sa plaisante causerie de 80 pages accessible à tous.

De faits étonnants aux histoires oubliées, il aborde le propre, le sale, les excréments, les déchets nucléaires, l’éternité et même la mort. Cette pluralité étonnante a titillé la curiosité des Arpenteurs pour une courte causerie avec David Wahl. Son adaptation scénique est à découvrir les 12, 26 et 27 février 2018 à La Maison de la Poésie.

 

Les Arpenteurs : Comment ce projet de causerie est-il né ? Comment vous est-venue cette forme de causerie et comment l’adaptez-vous pour le théâtre ?

David Wahl : De l’envie d’écrire et de raconter des histoires. Des histoires vraies, tissées de réalités, mais interprétées de telle manière, et articulées de telle sorte, que le doute accompagne en permanence le spectateur ou le lecteur. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Je joue avec l’étonnement, l’inattendu, le méconnu. Alors pour bâtir mon récit, je pars à la chasse aux histoires ; je vais, à partir d’un thème choisi, rencontrer des chercheurs, qu’ils soient philosophes, scientifiques, historiens, théologiens, ou médecins. D’où cette impression de « cabinet de curiosité ». Cependant ces causeries ne sont pas des textes didactiques. Leur dessein n’est pas de vulgariser les sciences. Elles les utilisent certes, mais pour bâtir une construction émotionnelle du savoir. Elles sont proches du conte. C’est en réalité le récit de la révélation qui m’est apparue lors de mon enquête. Et que je veux partager.

© Alain Monot

Le Sale discours est mis en scène par Pierre Guillois. Il y aura donc des surprises… Pour ce spectacle qui s’amuse avec les notions de sale et de propre, on a joué sur des transformations et des matières qui ne manqueront pas de plonger les spectateurs dans une perplexité ludique !

 

Après la boule de cristal, les manchots, la danse, aujourd’hui vous traitez le sujet des déchets, comment choisissez-vous vos sujets d’écriture ? Et comment avez-vous abordé celui des déchets ? 

D.W : Au préalable à chaque causerie, il y a une rencontre. Avec un objet, un centre scientifique, ou… un lieu. Avant que Le Sale Discours ne voie le jour, il y a eu la découverte du laboratoire souterrain de Bure, en Meuse, où l’on projette de stocker à plus de 500 m sous terre et dans plus de 300km de galeries les déchets radioactifs. Et de les y confiner ensuite pendant près de 300 000 ans. Rien qu’en le disant comme ça, on imagine le potentiel narratif d’un tel sujet ! Je suis entré en immersion documentaire au cours d’une première résidence à l’ANDRA. D’autres ont suivi, auprès de l’Institut Curie notamment, ainsi que de nombreuses sessions avec des environnementalistes, des archéologues etc… Je me suis laissé submerger par d’innombrables questions, mais peu à peu, de rencontre en rencontre et de paradoxe en paradoxe, est survenue cette interrogation : si l’homme est de plus en plus propre, pourquoi le monde semble-t-il de plus en plus sale ? Les problématiques environnementales m’interpellent. La Visite curieuse, créée en 2014, questionnait déjà notre rapport plus qu’ambigu à l’Océan, entre pieuse fascination et exploitation sans scrupule. Le Sale discours est donc un spectacle sur l’environnement. Un environnement façonné par nos ordures, nos excréments et nos déchets, mais pas seulement. C’est surtout un récit sur l’homme et son instinct de survie, sa peur de la mort et ses désirs d’éternité. Pour être encore plus précis, c’est l’histoire de l’homme qui envisage sa survie au prix de son environnement.

 

Le site des Arpenteurs s’adresse aux générations futures. Selon vous un futur sans déchet est-il possible ?

© Erwan Floch

D.W : Je reste un auteur, pas un spécialiste. Mais il me semble que non. Parce que nous sommes en vie, il y aura toujours une trace. Nous ne pouvons pas être au monde comme n’y étant pas. Le passé, l’histoire qui fonde notre humanité ne nous sont connus que par ce que nous laissons derrière nous. Ainsi nos déchets nous disent qui nous sommes. Or à regarder nos poubelles en ce moment, ce n’est pas brillant, mais plutôt terrifiant. Poubelles obèses pour monde obèse. Si un monde sans déchets me semble illusoire, une société maitrisant ses déchets, c’est-à-dire maîtrisant sa consommation, est une urgence absolue. En ce sens l’économie circulaire est une très bonne chose. Le déchet comme ressource aussi. Mais cela ne suffira pas. Il nous faut absolument vivre d’une philosophie sur la consommation.

 

Quel regard portez-vous sur les déchets nucléaires ?

D.W : C’est un problème des plus complexes qui soit. À l’heure du recyclage et de l’économie circulaire, voici un déchet dont on ne peut rien faire. Et qu’on doit garder loin de nous et de nos descendants pour des centaines de milliers d’années. Comment garder la mémoire de tels déchets ? Comme je le dis dans le texte, si l’homme est à l’aise pour discuter du passé, il n’a jamais trop su comment parler du futur. Mais ils sont là, on les a produit. Alors qu’en faire ? Mais surtout voici ce qui m’interpelle davantage : qu’est-ce qui s’est passé dans notre histoire pour envisager une énergie capable de produire de tels déchets ? Qu’est ce que cela dit de nous ?

 

Quel sera le sujet de votre prochaine causerie ?

D.W : Un spectacle jeune public, tactile et pratique, Histoires de fouille. On continuera notre sensibilisation aux problématiques environnementales. Avec les enfants on fera comme des fouilles archéologiques, on creusera la terre et on verra ce qu’on y trouve. Ce sera sur le gaspillage, le recyclage et le déchet ressource. On ne se coupe pas facilement d’un sujet aussi dévorant et capital.

 

David Wahl se produira les 12, 26 et 27 février 2018 à La Maison de la Poésie.

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