C'est là que ça se passe

Plus besoin de médecin, j’ai mon appli !

La diffusion des objets connectés et leur miniaturisation annoncent une révolution dans le champ de la santé. Suivi à distance des patients, prescriptions ultra-personnalisées, dossier médical numérique, rationalisation des coûts, applications, algorithmes... certains vont jusqu'à prédire la fin même du médecin.

Patient 3.0

« Je parle déjà aujourd’hui de patient 3.0, lance François Lescure, créateur de l’application de médecine à distance MédecinDirect. Si vous voulez, on peut faire la comparaison avec une voiture. Avant, on roulait sans l’ABS, ni l’airbag, ni le GPS, aujourd’hui toutes ces technologies sont embarquées, et nous n’y pensons même plus. Ce sera pareil avec la santé. Une batterie de technologies, discrètes, silencieuses, seront là pour surveiller et gérer notre santé. Il faut imaginer des habits ou des lentilles connectées, des capteurs à l’intérieur de notre corps, des technologies qui sont quasi-prêtes aujourd’hui ». Pour François Lescure, demain le patient n’aura plus besoin de médecin, à l’image de la voiture qui deviendra autonome. Il va même plus loin. « On va passer de la médecine curative à la médecine préventive. Demain, on va tous mourir en bonne santé » ajoute-t-il.

 

Médecine et big business

L’essor des objets connectés – montres et autres capteurs en tous genres – combinés au traitement de plus en plus performant de grandes quantités de données, relatives à tous les pans de notre vie, laisse ainsi imaginer une profonde révolution dans la médecine. Géants du web, tels Google, IBM ou Apple, assureurs, mutuelles, caisses d’assurance maladie, start-uppers… tous ont perçu le possible gisement de croissance et la disruption à venir. Chez Orange, on le confirme. « Nous avons embrassé le champ de la santé comme un futur relai de croissance. Il y a de plus en plus de patients, de moins en moins de médecins, une longue attente pour se faire soigner, des systèmes de santé exsangues… C’est un secteur qui, plus que les autres, a besoin du systématisme du numérique » explique Emmanuelle Pierga, directrice de la communication d’Orange HealthCare, la filiale santé numérique du groupe. Pour rationaliser ce champ de la santé « bloqué à l’ère de Cro Magnon », selon les mots de François Lescure, le numérique serait la panacée. Des capteurs pour nous surveiller, des applications et des algorithmes pour nous conseiller et nous soigner. « Le développement de l’intelligence artificielle va accompagner le mouvement, nous n’aurons plus besoin de médecin » complète le même François Lescure.

 

Apple Watch

Apple Watch

 

Ma santé en streaming

Au-delà du fait de confier sa santé à un algorithme, aussi intelligent soit-il, l’autre grande question qui se pose est celle de l’utilisation des données de santé collectées. Déjà, certaines banques et assurances proposent des crédits et couvertures à prix variables, indexés sur les données de santé retransmises par le bracelet connecté de leurs clients. Certaines entreprises, comme Sanofi en France, ont équipé leurs employés d’objets connectés afin de les « inviter » à se déplacer davantage. Withings, fabricant français d’objets connectés, a lui publié une carte de l’obésité en France grâce aux données (privées) de ses utilisateurs. « Le Big Data permet plus d’innovations pour les malades. C’est une nécessité absolue d’innover grâce à ces données. Ce n’est pas négociable. On doit aller dans ce sens, affirme Mounir Mahjoubi, Président du Conseil National du Numérique. Maintenant, on peut aller trop loin. On doit sanctuariser la souveraineté des données personnelles. Chacun doit rester maître de ses données. Et je suis fermement opposé aux objets connectés dans le monde de l’entreprise ». Avec l’essor de la santé connectée et la collecte des données biologiques de chacun, certains font un pas de plus et entrevoient déjà un scénario à la Bienvenue à Gattaca. Ainsi la sociologue du corps Isabelle Queval : « Nous sommes dans un néo-hygiénisme. Nous nous dirigeons tout droit vers une société du diktat où ceux qui ne seront pas en bonne santé ou en forme ne seront pas recrutés, seront marginalisés » prévient-elle. Son confrère Fabien Granjon, spécialiste des sciences de l’information et de la communication, enfonce le clou. Pour lui, il s’agit là d’une « technologisation de l’intime et de la vie privée » qui nous conduit tout droit vers une « société de contrôle ».

 

Nous voilà avertis. Pour l’heure, le raz-de-marée des objets connectés et de la santé numérique n’est pas encore survenu mais plusieurs études l’annoncent imminent. Plus de 20 milliards d’objets connectés devraient ainsi être utilisés dans le monde en 2020…

 

Pour aller plus loin