C'est là que ça se passe
Un prototype du PEV exposé au MIT - Crédits : MIT Media Lab

PEV : un tricycle pour remplacer les voitures ?

Et si la solution pour se déplacer dans les mégalopoles congestionnées et polluées était... un tricycle ? Les Arpenteurs ont rencontré Phil Tinn, chercheur et ingénieur au MIT Media Lab et co-inventeur du PEV, le “Persuasive Electric Vehicle”.

Repenser les fondamentaux du véhicule urbain

Quand on évoque les modes de transport du futur, on imagine des citoyens radieux covoiturant à bord de véhicules intelligents. Mais est-ce bien raisonnable que ces véhicules soient encore des voitures ? À bien y regarder, l’omniprésence de la voiture en ville ne doit pas grand chose à sa praticité ; elle est le fruit d’un processus d’innovation incrémentale qui nous a menés du char antique au monospace familial en passant par le fiacre du XIXe siècle et la Ford T. Aujourd’hui, alors que la population des villes s’accroît, que les paysages urbains s’engorgent et se saturent d’embouteillages, une équipe de chercheur du MIT Media Lab a décidé de repartir de zéro pour penser le véhicule urbain optimal.

Phil Tinn et Ryan Chin sont membres de « Changing places », une task force du Media Lab focalisée sur quatre enjeux majeurs : la mobilité, la planification urbaine, la robotique dans les villes et enfin l’accès à la nourriture. Ingénieurs et chercheurs, ils ont conçu le “Persuasive Electric Vehicle” (PEV).

 

Phil Tinn (chemise rose), pose à côté d'un prototype du PEV construit par des étudiants de l'Université nationale de technologie de Taipei - Crédits : National Taipei University of Technology

Phil Tinn (chemise rose), pose à côté d’un prototype du PEV construit par des étudiants de l’Université nationale de technologie de Taipei – Crédits : National Taipei University of Technology

 

Le PEV est un tricycle hybride, partagé, utilisable à la demande et supposé réduire les émissions de CO2 liées à nos déplacements urbains de 60%. Aujourd’hui, on a l’opportunité de vider les villes des voitures, mais il ne faut pas attendre ce changement des industriels », explique Phil Tinn. Agile, le PEV s’adapte à bon nombre de situations ; il dispose d’un habitacle en cas de pluie et peut facilement s’utiliser sur les pistes cyclables. Enfin, il propose deux modes de déplacement : un mode actif où l’utilisateur pédale et se dirige comme sur un vélo ordinaire et un mode autonome où, propulsé par un moteur électrique, le véhicule emmène le passager passif à destination.

Créer un mode de mobilité polyvalent

Le PEV est “persuasive” car il a pour ambition d’encourager des changements de comportement en ville. Doté d’une intelligence artificielle embarquée doublée d’un système de reconnaissance faciale, le véhicule peut s’adapter de manière autonome au gré des déplacements : « Ce véhicule sera capable de communiquer avec vous. De voir si vous êtes fatigués, pour vous proposer de vous conduire sans effort, ou alors de vous inviter à pédaler pour garder la forme. C’est un véhicule qui incitera à un comportement sain », souligne Phil Tinn.

Les deux ingénieurs envisagent également de coupler la capacité de reconnaissance faciale du PEV et son mode “sans chauffeur” pour permettre au véhicule d’effectuer des livraisons sur mesure : placez un colis dans le coffre du PEV, entrez les coordonnées GPS de votre destinataire et une photo de son visage, et il ou elle n’aura plus qu’à sourire à la caméra du tricycle pour recevoir sa livraison. 

 

En mode "autonome", le PEV peut également être utilisé pour transporter des colis - Crédits : MIT Media Lab

En mode « autonome », le PEV peut également être utilisé pour transporter des colis – Crédits : MIT Media Lab

 

Mieux encore, les PEV autonomes pourront circuler d’eux-mêmes entre les stations pour rééquilibrer en permanence l’offre par rapport à la demande dans différents points géographiques de la ville. Dans le cas de Vélib, cette ré-allocation des vélos requiert chaque soir l’intervention d’agents municipaux et mobilise selon Phil Tinn “près du tiers” du budget de fonctionnement du réseau. En plus d’être propre, pratique, et de permettre des pratiques de mobilité active, le PEV pourrait également représenter des économies pour les villes. Celles-ci ne s’y trompent pas : le MIT a déjà noué des partenariats avec plusieurs municipalités afin d’y conduire des expérimentations. Parmi elles, Taïwan, Hambourg ou encore la principauté d’Andorre.

 

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