C'est là que ça se passe

Nuit Debout, la méthode avant tout

Le mouvement Nuit Debout emprunte beaucoup aux indignés espagnols. Assemblées, commissions thématiques, vote à main levée, horizontalité, DIY, usage extensif du web, auto-organisation et auto-gestion... Une démarche, au centre des préoccupations des nuit deboutistes, qui confirme une nouvelle façon de faire de la politique, loin des logiques de partis et du militantisme traditionnel.

Le processus est cyclique, tel Sisyphe remontant sa colline. Chaque jour, le « village des insurgés de la République », comme on le nomme désormais, renaît au petit matin. Les membres de la commission « Accueil et sérénité », tous bénévoles évidemment, veillent au grain et s’assurent que tout se passe dans le calme. Ils sont épaulés par les volontaires de la commission « Logistique », en charge du hardware. Les tentes sont remontées, les tables dressées, la place réaménagée. On cloue, on branche, on accroche. On bricole, avec les moyens du bord, en comptant sur la générosité de chacun. Il faut se préparer aux ateliers thématiques de l’après-midi où, en petits groupes, l’on va plancher sur différents sujets, avant la désormais traditionnelle assemblée générale de 18h. Sur la place de la République, on peut compter une cantine, un espace pour les enfants en bas âge, une bibliothèque, un accueil pour aiguiller les nouveaux arrivants, un « media center » qui fait vivre le mouvement sur le net, mais aussi une radio et une télévision estampillées Nuit Debout. On y projette aussi des films, on y fait de la musique, et surtout on y échange.

 

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Do it yourself, auto-organisation, fonctionnement en commissions et assemblées, on se réclame ici volontiers des indignés espagnols, ou des américains d’Occupy Wall Street, et surtout de leur mode de fonctionnement. Pas de leader ou de tête qui dépasse, au sein du « media center », qui alimente les pages web, Facebook, Twitter ou le wiki de la mobilisation, on se fait ainsi tous appeler « Camille », comme le font aussi les activistes de Notre-Dame-des-Landes. Lors des assemblées, tout le monde a droit à la parole, on approuve ou désapprouve en agitant ses mains, selon les usages de la Puerta del Sol. Les débats sont simultanément traduits en langage des signes. Si on ne prône pas le consensus, comme nos voisins ibères, on vote à main levée, à la majorité des 80%, à la louche. Toutes les volontés et initiatives sont bonnes à prendre. On se répartit les tâches et réflexions dans des commissions : accueil et sérénité donc, mais aussi action, animation, assemblée citoyenne, démocratie… Si le mouvement vit sur la place, il se déploie largement en ligne. NuitDebout.fr, pages Wiki, Facebook (et ses 100 000 membres), compte Twitter, pétitions online, listes de diffusion ou bien encore live-streaming sur Périscope. Une équipe d’une dizaine de personnes gère cette présence, cruciale, sur les réseaux. Horizontalité, auto-organisation, démocratie directe, utilisation extensive du net, tels sont les contours de la Nuit Debout et d’une série de mouvements qui, de la Puerta del Sol, en passant par Occupy ou bien encore les mobilisations citoyennes de Hong Kong en 2014, tentent de réinventer la politique, en privilégiant l’inclusion et la libre prise de parole.

 

Pour aller plus loin

Comment s’adresser aux générations futures ?

Pendant des centaines de milliers d’années, certains déchets radioactifs que nous produisons aujourd’hui seront encore radioactifs. Comment prévenir les générations futures de leur existence et du lieu dans lequel ils seront stockés ? L’équipe des Arpenteurs s’est installée le 10 décembre dernier au Tank, un espace de coworking situé à Bastille, pour en discuter. Thierry Keller, rédacteur en chef d’Usbek & Rica, y a réuni Benjamin Huguet, réalisateur du film documentaire « The Raycat Solution », primé par l’Andra, Sébastin Farin, en charge du dialogue avec la société à l’Andra et Cécile Wendling, directrice de la prospective chez AXA et membre du Comité scientifique de la revue Futuribles.