Les grands débats

Nos enfants feront-ils encore des enfants ?

Alors que toutes les prédictions annoncent une surpopulation mondiale d’ici 2100, c’est tout le contraire qui risque d’advenir : remplacés par des robots, démotivés à l’idée de se reproduire, etc. les enfants de nos enfants n’auront peut-être pas envie de perpétuer l’espèce.

L’âge médian en Allemagne est de 46 ans. Au Niger, de 15 ans. Cela signifie concrètement que l’Allemagne est un pays de vieux, quand le Niger est peuplé de jeunes ! Pire qu’un écart, une ligne de faille démographique propre à remodeler le visage de la population mondiale à échéance d’une génération. La conscience du déséquilibre est partagée, mais bien malin qui pourrait en décrire les conséquences. Repu de confort, l’homo sapiens de l’hémisphère nord a visiblement perdu le goût de perpétuer l’espèce, et préfère se vautrer dans des sun cities interdites au moins de 60 ans.

Un sperme moins performant

Des enfants, pourquoi faire ? Les années 1970 ont signé un tournant de civilisation en entérinant à la fois l’avortement légal et la fécondation en éprouvette (in vitro). Autrement dit, les couples pouvaient enfin réguler leur désir d’enfant : en avoir quand la biologie l’interdisait, ne pas en avoir quand elle le permettait. Et au fond, en cherchant bien, d’autres compagnies moins coûteuses existent. L’animal d’intérieur est dispensé de scolarité et se contente souvent d’un repas par jour. Le robot, lui, a même rendu superflue la présence humaine. Il nous remplace dans les jobs les plus pénibles et son cousin amélioré, l’humanoïde Poppy ou Atrias, sert le thé ou brave les incendies sans désobéir ni risquer de se brûler.

 

En 17 ans, le nombre de spermatozoïdes chez un homme de 35 ans est passé  de 73,6 à 49,9 millions/ml en moyenne.

 

L’enfant, oui, mais en option. Et encore ! Réfractaire au risque, l’individu consommateur le génère pourtant à l’intérieur de lui-même, jusque dans ses testicules. Il tâte les composés perfluorés de ses casseroles, engrange le Bisphénol A de sa canette de bière, se protège des sinistres avec des retardateurs de flammes ou se refait une beauté au parabène. Ces substances émaillent son quotidien. Elles compromettent aussi sa descendance en tant que perturbateurs endocriniens. Une récente étude¹ menée en France dresse un résultat sans appel de leur impact sur la fertilité masculine : chez un homme de 35 ans, le nombre de spermatozoïdes est passé en 17 ans de 73,6 millions/ml à 49,9 millions/ml en moyenne. Chez les femmes, ces perturbateurs accroissent les risques d’avortement spontané, et font peser sur l’heureux événement la menace de malformations. Loin, bien loin de cet enfant idéal où l’individu-roi veut voir le prolongement de lui-même.

Génération spontanée ?

Certes, la réalisation d’un désir d’enfant reste une figure imposée de « la réalisation de soi », mais elle est nettement ralentie ou retardée en Europe occidentale. Ainsi en France, où, note le démographe de l’INED Arnaud Régnier-Loilier, « une française sur dix reste sans enfant au terme de sa vie féconde, et deux sur dix ont un seul enfant, la proportion de femmes à deux enfants ayant augmenté au détriment des foyers à quatre enfants ». Moins fourni en progéniture, le foyer a perdu de sa structure nucléaire classique. A l’heure de la mondialisation, cela pourrait bien aussi influencer les foyers du Niger…

Alors fera-t-on encore des enfants demain ? Une chose est certaine : on pourra en faire différemment. Car la science pourrait désormais répondre à toutes les demandes, y compris de faire des enfants tout seuls. Et donc de réguler les naissances, voire de « produire » des enfants quasi parfaits. Avec les « promesses » de l’utérus artificiel, on pourrait voir émerger une génération quasi spontanée d’ici un siècle, nous dit le biologiste Henri Atlan. Un petit Gattaca ou Le meilleur des mondes dans nos F2 ? Faire non plus « un » enfant mais « son » enfant : un enjeu de taille pour l’instant invisible, mais que les générations futures vont bien devoir un jour affronter.

 

 

1 – M. Rolland, J. Le Moal, V. Wagner, D. Royère, J. De Mouzon, Decline in semen concentration and morphology in a sample of 26 609 men close to general population between 1989 and 2005 in France, Hum. Reprod., December 4, 2012

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