Ils s'engagent

À Montmartre, mission zéro déchet

Ouverte le 3 juillet dans le 18e arrondissement de Paris, la maison du zéro déchet est à la fois une association, une boutique et un espace d’apprentissage. C’est aussi la vitrine d’un autre mode de vie. Un lieu pour prendre conscience de la quantité de déchets que nous produisons. La porte d’entrée vers un nouveau paradigme sociétal et économique où le déchet est au mieux évité, au pire valorisé.

Nichée au pied du Sacré Cœur, rue Charles Nodier, la maison du zéro déchet vient enrichir la vie locale déjà foisonnante d’un quartier mythique. Inaugurée aux premiers jours de l’été, elle est le fruit d’une démarche qui réinterroge nos habitudes de production et de consommation. « Notre objectif c’est d’abord de donner à voir et à comprendre ce que veut dire zéro déchet. Et c’est aussi de montrer que le mouvement prend de l’ampleur. Il n’a plus rien d’anecdotique. C’est un mode de vie qui se développe tout autant qu’un modèle de société », explique Pauline, coordinatrice du lieu.

Une boutique, un café et une librairie dédiés au déchet

 

La Maison Zero Déchet commercialise des produits cosmétiques durables – Crédits : Edouard Marchal

 

Une fois poussée la porte d’entrée, le passant découvre une grande variété d’objets et d’ouvrages encore peu distribués dans le commerce, dédiés au changement de nos habitudes de consommation. Des sacs à vrac, des cotons et couches lavables, des cafetières à piston, des bento (sortes de tupperware japonais pour transporter ses repas) ou encore, plus anecdotiques, des pailles en inox. En somme, tout l’équipement de base permettant de remplacer des objets jetables du quotidien. « Nous proposons les indispensables pour rentrer dans le mode de vie zéro déchet. Des lombricomposteurs y sont également vendus. Ils ne permettent pas d’éviter le déchet cette fois mais de valoriser chez soi ses biodéchets », poursuit Pauline. La librairie propose, elle, des livres pratiques pour entrer dans la démarche et des essais sur la thématique des déchets et des ressources.

Mais l’achat de nouveaux objets n’est – heureusement – pas la seule alternative. Les Parisiens peuvent également s’inscrire aux ateliers Do It Yourself proposés quotidiennement contre une participation de 10 euros : fabriquer ses propres cosmétiques, s’initier au b.a.-ba de la couture pour réparer des vêtements, organiser des événements zéro déchet… Autant de pratiques partagées par les experts bénévoles de la maison du zéro déchet dans un local situé immédiatement derrière la boutique.

Des déchets vite hors de vue

 

Le café ouvert à tous permet de sensibiliser un large public – Crédits : Stefano Borghi

 

À ces deux espaces s’ajoute, au fond de la maison, une salle de débat et de projection pour comprendre les enjeux cachés par nos déchets. « Nous y avons, par exemple, organisé une conférence autour de la question « Où vont nos déchets ? ». Et la majorité du public, même les personnes engagées dans le mode de vie zéro déchet, avait une assez grande méconnaissance de ce que devient le déchet une fois collecté et de l’impact des solutions de traitement aujourd’hui utilisées, souligne encore la coordinatrice de l’association. Face à des images de décharges à ciel ouvert par exemple, beaucoup ont pensé qu’elles ne provenaient pas de France. Et pourtant si ! Il existe 250 sites de ce type en France ».

Sur le territoire comme ailleurs en effet, les ordures disparaissent très vite de la vue des particuliers comme des entreprises ou restaurateurs. « Cela pose deux problèmes. Le premier c’est qu’on ne perçoit pas du tout la quantité de déchets que nous produisons (270 kilos par an et par habitant pour la seule poubelle verte, ndlr). Le second est qu’on ne sait donc pas réellement ce qu’ils deviennent », déplore Pauline.  

Zéro déchet : un mouvement pour tous

 

Des produits d’hygiène quotidienne sont également en vente – Crédits : Édouard Marchal

 

Autre problème de nos sociétés, le déchet n’est pris en compte qu’une fois produit pour savoir comment il sera traité ou s’il est recyclable. Pour les acteurs bénévoles de la maison du zéro déchet, l’ambition est donc de changer de perspective pour permettre aux citoyens et industriels d’anticiper avant même sa production. « Plusieurs clés sont à notre disposition pour nous questionner sur le déchet beaucoup plus en amont. Nous pouvons produire et consommer plus sobrement pour gaspiller moins de matière. Nous pouvons optimiser et allonger l’usage de nos objets comme les smartphones ou les lave-linges. Et nous pouvons préserver la matière en compostant ou en recyclant davantage », énumère la coordinatrice de cette maison d’un nouveau genre.

La maison du zéro déchet veut donc faire prendre la mesure du sujet aux citoyens, entreprises et pouvoirs publics locaux, et leur proposer des solutions abordables. Elle souhaite initier le mouvement pour que chacun, à son rythme, participe à la création d’un modèle plus durable et moins gaspilleur. « J’ai commencé par regarder le contenu de ma poubelle, et réalisé que nombre de déchets s’y trouvant pouvait sans efforts ne plus y figurer. Comme les cotons démaquillants jetables, les barquettes de plats préparés ou les pots de yaourt en plastique, confie Caroline, 30 ans, bénévole 8 heures par semaine à l’accueil et pour la boutique. Toutes nos habitudes de consommation génèrent du déchet, ajoute-t-elle. Mais en entrant dans la démarche zéro déchet, on se dirige progressivement vers autre chose. Et cela procure une intense satisfaction car on voit très rapidement le résultat en descendant moins souvent nos poubelles ou en réalisant des économies. »

Des outils adaptés aux différents publics

 

Lors de ses événements, la maison zéro déchets n’utilise que des contenants réutilisables – Crédits : Édouard Marchal

 

Entre les murs de la maison du zéro déchet, les visiteurs peuvent voir comment et avec quels outils ils entreront dans la démarche. « Aujourd’hui, on a beau consommer et vivre de manière standard, chacun vit différemment de son voisin ; eh bien c’est pareil pour le mode de vie zéro déchet. Chacun a sa façon de faire, et fait ce qu’il peut. Certains par exemple vont faire leur propre lessive, d’autres l’acheter en vrac… », note Pauline.

Particuliers, organisateurs d’événements, entités privées ou collectivités, tous sont donc invités à pénétrer dans l’enceinte de la maison du zéro déchet. « Dans cette maison finalement, nous souhaitons créer des synergies entre tous les publics », conclut Pauline. Et entraîner toujours plus d’acteurs et de consommateurs vers un modèle plus circulaire, générateur de valeur et non d’ordures.

Crédits de couverture : Stefano Borghi

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