Les grands débats
Kibumba is a displaced persons camp about forty minutes north of Goma, close to the border with Rwanda. It is built upon the ruins of the camps for Rwandan refugees. The population comes from Rugare about 10km away and as far as Tongo about 40km away. It is managed by the displaced themselves and the UN and NGOs provides services in the camp in agreement with the Committee of the Displaced. UNICEF with NGO partners is running an area for children to play and where we can listen out for any problems children might be having, we are supporting emergency schooling, water points, latrines and psychosocial as well as medical support for rape survivors.

Migrations climatiques : une révolution planétaire en marche

Entre 2008 et 2015, les catastrophes naturelles ont provoqué le déplacement de plus de 200 millions d’individus à travers le monde. Difficile à quantifier dans toute son ampleur, la migration climatique annonce des bouleversements démographiques propres à faire exploser le triptyque identité-population-territoire.

Ils fuient les tsunamis ou les inondations. Accélèrent l’urbanisation face à la désertification des campagnes. Se protègent des pollutions à grande échelle dans des régions moins exposées. Ou quittent leur île promise à disparaître sous l’effet de la montée des océans. S’ils ne constituent pas en soi un nouveau genre de migrants, les déplacés ou réfugiés climatiques commencent à se faire collectivement un nom au fil du nombre. En près d’une décennie, d’après les estimations du Haut-Commissariat au Réfugiés (HCR) de l’ONU, ils ont été 203,4 millions à chercher un autre chez-soi suite à des catastrophes naturelles. Le chiffre est loin de donner toute la mesure de cette migration environnementale aux origines multiples. La quantification est même absente s’agissant de l’élévation du niveau des mers ou de l’avancée des zones désertiques. Mais le phénomène est là.

« Qu’on le veuille ou non, il représente désormais un facteur majeur de migrations à travers le monde », rappelle François Gemenne, chercheur en sciences politiques associé au CERI1 et spécialiste des migrations. « Le défaut d’estimations concernant la désertification et la montée des océans doit au fait que les migrations concernées portent sur de faibles distances, tout en s’inscrivant dans des laps de temps beaucoup plus longs. Ce qui est, en revanche, établi, c’est que les changements climatiques déplacent chaque année plus de 25 millions de personnes. C’est trois fois plus que les déplacements liés aux violences politiques. » Et selon, les calculs du chercheur, l’équivalent d’une personne déplacée par seconde2.

 

« Souveraineté nationale » en zone de turbulence

La migration environnementale est-elle en train de déplacer les frontières ? Elle bouscule d’ores et déjà des équilibres démographiques et précipite des recompositions territoriales. Plusieurs tendances confirment, selon François Gemenne, cette dynamique d’ensemble et ses implications à la fois géographiques, économiques et politiques. « Une première tendance de fond est un exode rural de plus en plus marqué, en particulier sur le continent africain. Cette migration, assez localisée dans l’espace mais importante, se confond avec la migration économique. Une deuxième tendance se définit par le fait que la population exposée à des zones de changement climatique continue globalement d’augmenter. »

De ces tendances-là procèdent de nouveaux défis pour des gouvernements très souvent pris de court. « Quel que soit le continent, les Etats se trouvent obligés de développer des politiques de relocalisation des populations. On l’a vu notamment au Vietnam avec le programme Living With the Flood (littéralement “Vivre avec l’inondation”) qui, dès les années 90, a permis de reloger un million de riverains du Delta du Mékong3. » L’impératif de réinstallation apparaît avec d’autant plus d’urgence que ces mêmes Etats n’ont pas les moyens de s’attaquer aux causes directes de ces déplacements massifs de populations. « Certains territoires sont devenus impossibles à protéger. Il faudra faire des choix », souligne François Gemenne. En songeant, sans doute, à ces archipels océaniens – Kiribati, Tuvalu, Vanuatu et Îles Salomon – que la main humaine ne pourra pas garantir durablement de la montée des eaux du Pacifique. Or, l’impuissance publique à maîtriser l’immaîtrisable – le climat – et la puissance conjuguée du flux migratoire posent aux yeux du chercheur un enjeu politique de taille. « C’est la notion même de souveraineté nationale qui est remise en cause. Car, dans ces conditions, il devient nécessaire de découpler la question des territoires et celle des populations. »

 

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Etats virtuels

La vaste Australie devra-t-elle un jour concéder une enclave administrative à des Îles Tonga qui auront cessé d’exister sur la carte, mais pas sur le papier ? Faudra-t-il imaginer un Bangladesh partiellement délocalisé en Inde voisine ? Ou un gouvernement des Maldives disséminé entre l’Indonésie et le Sri Lanka à proportion des diasporas à venir ? « La géographie physique du monde est en train de changer », poursuit François Gemenne. « Or, compte tenu des migrations climatiques, la question se pose de savoir si la géographie humaine sera, à terme, ajustée à la première. Il faut articuler à nouveau les deux. Des Etats virtuels devront-ils naître ? »

Un tel dessein reste bien hypothétique au vu de ce que révèle la politique migratoire pratiquée par des Etats toujours accrochés à un triptyque identité-population-territoire de plus en plus fragile. De plus, à l’inverse des réfugiés politiques, les migrants climatiques n’entrent pas dans le cadre des Conventions de Genève de 1951, que les instances onusiennes n’envisagent pas d’actualiser en leur faveur. A la suite de l’initiative Nansen4 sur les déplacements de populations liés aux catastrophes naturelles et l’adoption d’un Agenda de protection par plus de 110 Etats, une plate-forme de coordination interétatique vient d’être lancée au 1er juillet.

Une approche nécessaire, mais insuffisante aux yeux de François Gemenne, guère convaincu par ailleurs que la refonte des Conventions de Genève modifierait le comportement des Etats. « Ce qui manque, c’est une réflexion politique de long terme », insiste-t-il. « Les Etats voient une catastrophe naturelle comme une anecdote ou un fait divers qui appelle une solution de crise. Cette approche se lit de la même manière dans le regard porté sur les migrations, climatiques mais pas seulement. On continue à percevoir le phénomène migratoire comme un accident, une anomalie et non comme quelque chose de structurel à notre humanité. » Où les frontières étanches tiennent sur leur propre mythe.

 

1 – Centre de recherches internationales (Sciences Po). François Gemenne est notamment l’auteur de Géopolitique du changement climatique, éd. Armand Colin, réédition 2015 : http://www.armand-colin.com/geopolitique-du-climat-2e-ed-negociations-strategies-impacts-9782200602345

2 – Cf. http://rue89.nouvelobs.com/2015/11/23/francois-gemenne-lurgence-climatique-lurgence-terroriste-posent-meme-question-262127

3 – Cf. http://link.springer.com/chapter/10.1007%2F978-94-007-0934-8_11#page-1

4 – Cf. https://www.nanseninitiative.org/

 

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