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L’Euro en 1984, 2016 et… 2048

Le football n'échappe pas à l'innovation, loin s'en faut. A quoi ressemblera-t-il à l'avenir ? Toujours plus vite, toujours plus fort ? Et si progrès technologique ne rimait pas forcément avec spectacle ? Petit voyage dans le temps, de l'Euro 1984 à 2048.

1984 : monsieur-tout-le-monde et t-shirts en coton

27 juin 1984 : la France remporte son premier Euro de football, à domicile, chez elle, au Parc des Princes. Les Français sont en liesse. Les héros du jour se nomment Michel Platini et Bruno Bellone. La France gagne 2-0 face à l’Espagne. Platini a marqué 9 buts durant la compétition, un record. A l’époque, la plupart des « bleus » jouent dans l’hexagone, à l’exception du célèbre numéro 10 qui évolue déjà à la Juventus de Turin, en Italie. Le football n’est alors pas encore tout à fait mondialisé, pas encore tout à fait un business, du moins sans comparaison avec celui que nous connaissons aujourd’hui. Les footballeurs ressemblent à monsieur-tout-le-monde et jouent essentiellement dans leurs championnats domestiques. Sur le terrain, pas de « goal line technology » pour vérifier la validation des buts, pas d’oreillette et de montre connectée pour Vojtěch Christov, l’arbitre tchécoslovaque de la soirée, pas de spray non plus pour marquer au sol l’emplacement des coups francs, pas d’écrans géants, pas d’applications « foot » dans les mains des supporters, sur la pelouse on porte des t-shirts en coton, loin des matières techniques et intelligentes qui habillent aujourd’hui les superstars du ballon rond…

 

Michel Platini, ©luigi de vanni

Michel Platini, ©luigi de vanni

 

2016 : goal-line technology et smart stadiums

32 ans plus tard, alors que la France accueille à nouveau le championnat d’Europe, et rêve d’en soulever le trophée, force est de constater que le football a évolué, drastiquement. Dans le onze titulaire, rares sont ceux à évoluer encore dans le championnat de France. Arsenal, Manchester, Bayern Munich, Barcelone, Juventus de Turin… les noms sont ronflants et témoignent de la réussite sportive des talents bleus, tout comme de la totale globalisation de ce sport. L’avant-centre André-Pierre Gignac est lui revenu du championnat mexicain, où il évolue désormais, pour participer à la compétition. Mais plus que cette internationalisation ou cette mise en business totale, qui s’inscrit dans un mouvement plus global, le football témoigne aussi d’une porosité à l’innovation technologique, grande amie de la croissance économique. Empire du chiffre et du spectacle par excellence, comment aurait-il pu en être autrement ? Les débats ont fait long feu sur l’arbitrage vidéo mais, peu à peu, il a fait son apparition pour seconder les hommes en noir. 14 caméras à grande vitesse, disposées autour des cages, permettent ainsi de repasser les actions de but au ralenti. Les caméras sont partout, pour offrir également au public les plus beaux ralentis, la plus grande immersion possible. Les nouveaux stades – à Lyon, Nice ou Saint-Denis – sont connectés, le Wifi partout. On parle de « smart stadiums », de stades intelligents. On veut connecter les téléphones et les vêtements des supporters aux matchs. La Fédération Française de Football a elle-même créé une application « tribune connectée ». On veut aussi maîtriser la météo sur les stades et par dessus tout proposer un spectacle total. « Le spectacle sportif est devenu une zone de confort où on va chercher du rêve. La capacité d’enchanter le présent, de réenchanter le présent et d’enchanter l’avenir. Les sportifs sont les derniers héros » considère ainsi l’historien du sport Philippe Tétart, interviewé pour le magazine Usbek & Rica.

 

Sur le carré vert, moulés dans leurs tuniques Nike rutilantes « dry fit », chaussures en carbone aux pieds, muscles affutés et saillants, taux de graisse infinitésimal, condition parfaite, monitorée et polissée à souhait, les joueurs français déboulent comme des fusées, se heurtent, encaissent les chocs, reproduisent les efforts. Le jeune attaquant Kingsley Coman, 20 ans à peine, se lance dans des rushs à plus de 30 km/heure, 33 pour être exact, l’homme le plus rapide du tournoi, faisant passer Platini pour un char d’assaut soviétique. Zlatan Ibrahimovic, star du PSG et attaquant de l’équipe de Suède pour la compétition, décoche des frappes chronométrées entre 100 et 150 km/heure. Lors du match de poule France-Suisse, on en vient même à crever le ballon, dans un duel âpre entre la nouvelle coqueluche bleue Antoine Griezmann et l’Helvète Valon Behrami. L’intensité est à son comble. Un footballeur professionnel « moyen » mesure aujourd’hui 181cm, pèse 75 kilos, il a 25 ans. Depuis un moment déjà, on optimise les performances des joueurs, dévolus à cette tâche 24h/24h. Entraînements, soins et mesures en tous genres, cryothérapie, régimes… Le club de Nantes, les « canaris », ont ainsi récemment expérimenté l’utilisation de pilules connectées, à ingérer, afin de surveiller et contrôler la température corporelle de ses joueurs. Un test, grandeur nature, réalisé lors de deux matchs du championnat de Ligue 1.

 

©F68Photography

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2048 : football-robot… et records

Dans une étude, intitulée « Le football du futur », le cabinet de prospective Futurizon annonce quelques bouleversements à venir. Caméra miniature portée par les joueurs, joueurs connectés, publicité personnalisée, réalité augmentée… tels sont les changements les plus attendus et imminents. Des footballeurs bardés de capteurs pour surveiller leur santé et mesurer leur performance, reliés à leur coach par une oreillette, équipés de lentilles connectées, invisibles, vêtus de t-shirts intelligents signalant les fautes… la disparition, sans doute, de l’arbitre de terrain. Côté supporters, un spectacle immersif où chacun est à même de composer sa propre expérience d’une rencontre, de choisir sa caméra, son angle, son ressenti. Mais ce qu’annonce cette étude c’est aussi la fusion entre le sport et le jeu vidéo, pour le résumer ainsi. Dès 2040, selon elle, le « football-robot » deviendra chose commune, des équipes d’androïdes pourront s’affronter et même, être pilotées depuis son salon. Les équipes d’androïdes, pourraient même avoir leurs propres ligues dès 2060. Est-ce à dire que le football humain sera mis en compétition avec cette autre pratique ? Les limites du corps humain atteintes ? L’euro 2048, organisé par la France, sera-t-il un tournoi humanoïde, une compétition lorgnant vers le film d’anticipation Rollerball ou le dernier grand événement du football à l’ancienne ? On peut en tout cas, sans peu douter, imaginer un Euro 2048 de l’homme hyper-optimisé, quantifié, voire augmenté. A l’occasion de la coupe d’Europe 2016, la marque PMU y a pensé et a fait enfiler à Olivier Giroud, Hugo Lloris et Antoine Griezmann, stars de l’équipe de France, des exo-squelettes, pour les besoins d’une publicité. Du reste, faut-il rappeler quand même que le record de Michel Platini de 1984, vieux de 36 ans donc, n’a toujours pas été égalé… tout maillot « dry fit », cryothérapie ou capteurs intelligents soient-ils. Et, sauf surprise, ne sera pas battu cette année.

 

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