C'est là que ça se passe

Les fablabs, que chacun s’en empare

Les fablabs ont la cote. Ces « laboratoires de fabrication » incarnent presque à eux seuls la planche de salut d’une humanité qui se cherche un modèle. Demain, ils pourraient bien faire partie de ces lieux où les générations futures s’épanouiront.

Fraiseuse numérique, découpeuse laser et vinyle, imprimante 3D, machines-outils pilotés par ordinateur… voici à peu près le décor d’un fablab ! Contraction de l’anglais fabrication laboratory, ces « ateliers de fabrication numérique » ouverts au public et aux apprentis sorciers ont fait leur apparition à la fin des années 1990 au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT). En France, depuis les premières initiatives lancées en 2009 au fablab Artilect de Toulouse, les projets ne cessent d’essaimer.

Nouveaux modèles économiques

La philosophie de Neil Gershenfeld, professeur de physique et père conceptuel de ces laboratoires : le « Do it yourself, do it with others ». Car, ce que l’on encourage dans ces lieux de conception et de fabrication, c’est la créativité individuelle et un modèle d’innovation centré sur le créateur-utilisateur. Pour certains, ce nouveau modèle de production personnalisable pourrait modifier, voire bouleverser la logique actuelle de l’offre et de la demande. Comme le souligne Nicolas Lassabe, co-fondateur d’Artilect, « ce qu’on voit se dessiner à travers les fablabs et la fabrication numérique, ce sont de nouveaux modèles économiques avec une production plus locale et plus adaptée à chacun ».

 

Neil Gershenfeld, concepteur des fablabs.

Neil Gershenfeld, concepteur des fablabs.

 

Pour Neil Gershenfeld, l’enjeu est en tout cas de rendre la communauté plus créative et productive à travers l’accès à la technologie. C’est aussi ce désir qui a sous-tendu le travail de Nicolas Lassabe au fablab de Toulouse : « En rendant les technologies plus accessibles, les fablabs démocratisent l’innovation ». Ils incarnent des espaces de rencontre et de collaboration où se croisent designers, artistes, bricoleurs, entrepreneurs et tous ceux qui désirent accélérer le passage de la conception à la réalisation de leurs projets.

Une société plus collaborative

Logiciels et matériels libres (Open Hardware), bases de données d’objets, interfaces informatiques simplifiées : parce que nous ne sommes pas tous des ingénieurs, du prototype à la fabrication de l’original, les fablabs mettent à la disposition des bricoleurs des outils permettant de donner plus facilement forme à leurs idées. Par ailleurs, puisque les fablabs prennent appui sur des machines de fabrication numérique et des réseaux favorisant l’échange de fichiers dans le monde entier, un objet peut être conçu dans un fablab, fabriqué dans un autre et amélioré dans un troisième. C’est ce que pointe aussi Nicolas Lassabe : « En continuité avec la révolution du numérique et de l’Internet, ce qu’on voit se dessiner à travers les fablabs, c’est une société plus collaborative, où l’on échange et où l’on partage plus. Quelqu’un peut aujourd’hui créer un objet et diffuser dans le monde entier le fichier et les plans permettant de le fabriquer pour des coûts de plus en plus réduits ».

Futur proche

Alors, les fablabs vont-ils exacerber le gaspillage ou au contraire s’inscrire dans une logique d’écodéveloppement  contribuant à mettre fin à l’obsolescence programmée ? De même, vont-ils libérer certaines populations de leur dépendance à l’égard de producteurs éloignés, ou vont-ils conduire à délocaliser une fois de plus la production aux endroits du globe où l’offre est la moins chère ? Comme toujours, tout dépendra de l’utilisation que nous – et nos descendants – ferons de cette technologie. Nicolas Lassabe imagine en tout cas un avenir où chacun pourra posséder des outils de fabrication numérique : « D’ici une dizaine d’années, je ne serais pas étonné qu’un tiers de foyers français soient équipés d’imprimantes 3D permettant de fabriquer facilement toute sorte d’objets chez soi».

Carte/Liste des fablabs dans le monde : http://wiki.fablab.is/wiki/Portal:Labs

« The Fab Charter » du MIT : http://fab.cba.mit.edu/about/charter/

Images du fablab de Toulouse : http://www.artilect.fr/medias/

Pour aller plus loin