Ils s'engagent
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Les cracks de la donnée

Parmi la constellation des nouveaux métiers du numérique, on méconnait parfois celui de data scientist. Pourtant, ce grand manitou du Big Data, statisticien du 2.0, est aujourd'hui convoité par tous, multinationales et start-up autant que services publics, universités ou médias, et annonce de grands bouleversements.

Rockstar du numérique

« Le métier le plus palpitant et sexy des dix prochaines années sera celui de statisticien. Les gens pensent que je plaisante en disant ça mais qui aurait pu croire qu’ingénieur informaticien allait être celui de la décennie 90 ? » lance Hal Varian, chef économiste chez Google. Il est vrai qu’il est loin le temps où l’informaticien ou le geek était déconsidéré, ringard, sorte d’adolescent attardé et freak reclus dans sa chambre. L’image appartient à l’histoire ancienne. Aujourd’hui, les ingénieurs informatiques et autres spécialistes du numérique sont des superstars et s’arrachent à prix d’or. Parmi les plus convoités en ce moment sur le marché : les data scientists ou data stewards, considérés par la Harvard Business Review comme le métier « le plus sexy du 21e siècle » ou bien encore « la nouvelle rockstar du numérique ».

« En 2007 il n’y avait pas de science des données et d’un coup, en 2008, il y en a eu et on a commencé à parler de data scientists ! » se souvient Kate Losse, spécialiste des données chez Facebook. Il faut dire que 90 % des données existantes aujourd’hui ont été créées ces deux dernières années. Massification totale des smartphones, usage extensif des réseaux sociaux et bientôt objets connectés en tous genres, nous produisons une quantité étourdissante d’informations sur nos vies. Cette inflation a donné naissance au désormais bien connu champ du Big Data.

 

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Face à ce déluge d’informations de toutes sortes, le data scientist, mathématicien, statisticien ou ingénieur de formation, doit relever le défi de les rendre lisibles, compréhensibles, en forgeant des modèles et en créant des algorithmes pour les analyser. Le défi ultime résidant dans le fait de pouvoir prédire certains comportements des consommateurs et/ou citoyens. En 2012, une entreprise américaine avait ainsi fait grand bruit en annonçant la grossesse d’une jeune femme en étudiant simplement ses habitudes de consommation. Aujourd’hui, toutes les entreprises souhaitent devancer nos désirs et nos envies. Ainsi, pour 60% des entreprises américaines, l’analyse du Big Data et la construction de modèles prédictifs, est devenue la priorité numéro 1.

 

Un nouvel oracle

Les institutions ne sont pas en reste, et y voient un horizon un tantinet moins mercantile, par exemple pour favoriser la prévention dans le champ de la santé. Ainsi, la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariées (CNAMTS), en France, a-t-elle entamé un partenariat avec l’Ecole polytechnique pour travailler sa base de données, une des plus grandes du monde. En Angleterre, le National Health Service (NHS), le système de santé public britannique, a permis à Google d’accéder à l’ensemble de ses données. Déceler des « tendances profondes » (deep trends), des « signaux d’intentions » (signals of intent), le data scientist est devenu en quelques sortes un nouvel oracle.

Il nous conduit également sur le chemin de l’intelligence artificielle, obsession et objectif à long terme des entreprises du numérique. Ainsi en est-il de Peter Norvig, l’une de ces rockstars de la donnée. Peter Norvig, mathématicien de formation, est aujourd’hui directeur de la recherche chez Google, « le meilleur job du monde » selon ses propres mots. Parmi ses missions : travailler sur l’apprentissage des machines (le machine learning), en d’autres termes rendre les ordinateurs intelligents. Pour ce faire, il exploite l’immense base de données recueillie par le géant de Mountain View. Youtube sait aujourd’hui reconnaître, automatiquement et avec certitude, un chat – et d’autres choses évidemment – dans une vidéo, en analysant la banque d’images de Google. Pour Norvig, même si l’exemple reste prosaïque, les perspectives sont vertigineuses. Ainsi croit-il à l’avènement de la singularité, ce moment où l’intelligence des machines dépassera l’intelligence de l’homme, et intervient-il à l’Université de la singularité, fondée par le chantre du transhumanisme Ray Kurzweil.

Si les data scientists sont sans nul doute les nouvelles coqueluches de la high tech, ils sont aussi certainement les chevilles ouvrières et artisans discrets d’un nouveau monde, d’une nouvelle vision de l’humanité.

 

Photo : Leonardo Rizzi via Flickr Creative Commons

 

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