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La pollution lumineuse, une menace aveuglante

Pourra-t’on encore observer la Voie lactée dans quelques années ? Si le futur s’avère des plus lumineux, la pollution lumineuse risque toutefois de l’assombrir en impactant les étoiles, mais également la faune et l’être humain. Relégué au second plan, le fléau relativement récent intéresse encore trop peu, pourtant il ne fait qu’empirer au fil des années. Doit-on éteindre les lumières et vivre dans le noir ? Doit-on redouter les ampoules LED et s’isoler en rase campagne ? Il est grand temps de mettre en lumière la pollution lumineuse et ses incidences.

Finies les nuits romantiques à observer les étoiles ? Si la pollution lumineuse continue d’accroître à un rythme exponentiel, elles pourraient ne plus être visibles en 2024. L’Union Astronomique Internationale définit la pollution lumineuse quand “pour une région géographique délimitée la lumière artificielle propagée dans le ciel nocturne est supérieure à 10 % de sa luminosité naturelle la nuit”. Le premier atlas mondial de la luminosité artificielle du ciel nocturne publié en 2001 et mis à jour en 2016, révèle à travers des clichés satellites, l’illumination nocturne en pleine croissance dans le monde entier. Seuls quelques îlots peuvent encore jouir d’une profonde nuit noire, notamment dans les régions les moins peuplées et victimes de paupérisation. Rien qu’en Europe, 99 % de la population n’aperçoit presque plus les astres, trop aveuglée par la pollution lumineuse, invisible mais pourtant bien réelle. En France, une fine zone dans le Quercy et une partie de la Corse échappent encore au trop plein de lumière.

Hong Kong la nuit ©Unsplash

« C’est un enjeu trop méconnu mais la pollution lumineuse est source de gaspillage d’énergie, d’impact sur la biodiversité nocturne et sur la santé humaine » a déclaré Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire le 14 octobre dernier. En effet, outre une incapacité grandissante à admirer les cieux étoilés, cette pollution lumineuse est une menace aveuglante pour l’écosystème et l’être humain.

Des rythmes biologiques ébranlés

Les insectes, oiseaux et autres mammifères sont directement impactés par l’excès de lumière. Papillons de nuit, grenouilles, oiseaux migrateurs, chauve-souris, chasseurs de nuit et autres espèces lucifuges (fuyant la lumière) sont les premières victimes.

©WWF

Les oiseaux commencent par exemple leur activité journalière plus tôt et débutent également leur cycle de reproduction en avance. Désorientées, certaines espèces ne peuvent plus se guider ou désertent leur habitat naturel, faute de halos lumineux trop prononcés. Autre exemple alarmant, les tortues marines qui regagnent la mer après l’éclosion sont victimes de pertes de repère et se dirigent dans la mauvaise direction,  où elles seront bien souvent la proie de prédateurs. De nombreuses recherches scientifiques ont ainsi établi un lien de causalité entre pollution lumineuse et perturbation de la chaîne alimentaire entre proies et prédateurs. C’est tout un écosystème qui se déséquilibre sous les projecteurs.

Chez l’être humain, le rythme biologique est également chamboulé. Préférant la douceur d’une veilleuse lumineuse à la nuit noire, associée dans toutes les cultures au danger et les plongeant dans des ténèbres cauchemardesques, l’Homme souffre cependant d’une exposition lumineuse trop vive. Sans conteste, l’organisme humain a besoin de se recharger dans le noir le plus total, tâche difficile pour le corps dont la lumière perçue sollicite un dynamisme. De ce fait, la luminosité perturbe le cycle circadien en engendrant des insomnies, fatigue chronique, stress voir troubles de la concentration et de la mémoire.

 

Une prise de conscience tardive et minime

Si la pollution lumineuse et ses conséquences ont bien été prises en compte par les autorités, l’état français n’a toujours pas appliqué à la lettre les textes de loi. Nonobstant, la lutte contre les nuisances lumineuses a bien été intégrée à la loi Grenelle 1 en 2007 dans l’article 41 : « Les émissions de lumière artificielle de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore ou aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l’observation du ciel nocturne feront l’objet de mesures de prévention, de suppression ou de limitation. Les points noirs du bruit seront inventoriés. Les plus préoccupants pour la santé feront l’objet d’une résorption dans un délai maximal de sept ans ». Il faudra attendre l’arrêté du 25 janvier 2013 pour une première application relative à l’éclairage nocturne des bâtiments non résidentiels, dont la lumière doit être éteinte à une heure du matin pour économiser de l’énergie.

Comprendre la pollution lumineuse ©Conxcorp

Mais au vu de la lenteur des actions gouvernementales, diverses associations écologistes se sont engagées activement et durablement pour éveiller les citoyens et mettre en œuvre des actions bénéfiques. En 2009 déjà, le Jour de la Nuit, créé par l’association Agir pour l’Environnement, célèbre la nuit chaque octobre. Lors de la 9ème édition le 14 octobre 2017, le ministre Nicolas Hulot annonçait de nouvelles mesures qui entreront en vigueur d’ici le printemps 2018. Un arrêté sera rédigé « fixant la liste des sites astronomiques exceptionnels dans lesquels des mesures complémentaires seront mises en œuvre pour protéger le ciel et l’écosystème nocturnes ». L’état français a promis d’éclairer le dossier sur la pollution lumineuse, espérons qu’il ne sera pas aveuglé…par des lumières artificielles.

 

Les LED, une lumière artificielle aggravante

Perçues comme une révolution, les LED ont fait leur apparition sur le marché pour éclipser les anciennes ampoules à incandescences jaunâtres. Plus économiques et plus durables, elles apparaissaient comme une alternative écologique avec leur éclairage blanc ou bleu. Néanmoins, la revue Science Advances a publié des travaux démontrant que l’éclairage de la planète s’est accru en quantité et intensité d’environ 2 % par an de 2012 à 2016, et les éclairages artificielles sont une des sources du problème. L’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ANPCEN) a également calculé que les LED sont 1000 fois plus lumineuses que les ampoules classiques, produisant par conséquent une plus grande pollution. Plutôt que de s’enfermer dans le noir et jeter toutes les ampoules LED de son antre, l’association conseille de les orienter sur la surface à éclairer et non vers le ciel, de réduire leur nombre et de choisir une couleur plus chaude. Il est désormais l’heure d’éteindre et de profiter d’un ciel étoilé !

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