C'est là que ça se passe

Jusqu’où ira le biohacking ?

Régimes alimentaires restrictifs, jeûne prolongé ou impulsions électriques : les biohackers traitent leur organisme comme un système informatique, qu’il est possible d’optimiser pour devenir la meilleure version de soi-même.

Manger sainement, faire du sport, bien dormir : la recette pour un corps sain n’a plus guère de secrets. Et en cas de fatigue, un peu de caféine ou des vitamines suffisent d’ordinaire à se remettre d’aplomb. Mais certains obsédés de la performance vont plus loin: les biohackers se basent sur les dernières avancées scientifiques pour trouver le mode de vie -et le régime- parfaits. Objectif: atteindre une efficacité optimale de leur organisme.

Café au beurre, gélules nootropiques ou jeûne prolongé

En 2015, le “Bulletproof diet” avait déjà fait des émules. Son créateur, Dave Asprey, proposait de commencer la journée en buvant une “boisson magique” à base de café, de beurre et d’huile. »Vous buvez ça (le matin) et tout de suite vous ne pensez plus à manger pour un bon moment, affirmait Dave Asprey à l’AFP. Le cerveau reçoit de l’énergie qui ne provient pas du sucre et les fringales disparaissent. Le Bulletproof diet stimule le cerveau et grâce à l’énergie qu’il procure, cela fait de vous un meilleur travailleur et une meilleure personne.” Ce régime avait notamment convaincu l’actrice Shailene Woodley, héroïne de la saga Divergente, et l’humoriste Jimmy Fallon, qui ne tarissaient pas d’éloges sur les bienfaits du café au beurre. Malgré le scepticisme général de la communauté scientifique – l’Association britannique de diététique a classé le Bulletproof diet dans le top 10 des régimes de célébrités à éviter en 2016 -, Dave Asprey en a tiré un livre best-seller et est parvenu à lever 9 millions de dollars pour développer son réseau de points de vente.

Sur la côte Ouest, une autre startup, HVMN, suit aujourd’hui la voie ouverte par Dave Asprey. Son credo, mis en exergue sur la page d’accueil du site : “Nous croyons que l’humain est un système qui peut être quantifié, optimisé et renforcé. HVMN conçoit et développe des produits qui améliorent les données biométriques clefs, liées à productivité cognitive, physique et métabolique”. La boîte commercialise notamment des gélules “nootropiques”, censées stimuler le cerveau, et un “Human Performance Fuel” pour booster l’organisme. Mais HVMN fait plus fort en appliquant le biohacking à ses propres salariés, encouragés à cesser de manger du lundi soir au mercredi midi. Grands seigneurs, les CEO offrent le brunch de rupture de jeûne.

Hors de l’assiette, le biohacking cérébral

Il s’agit dans ces deux cas de “biohacking”, un mouvement qui désigne des expériences biologiques menées hors laboratoire, et souvent en marge de la communauté scientifique. Le néologisme recouvre en fait deux réalités : la biologie participative, ou DIYbio, un réseau de biohackers construisant des laboratoires de fortune hors du cadre académique, et le mouvement “biohacking” qui combine biologie, technologie et alimentation, et traite l’organisme comme un système informatique à optimiser. Les deux ne sont d’ailleurs pas forcément incompatibles.

Plus sérieux que le café au beurre et les nootropes – mais moins lucratif -, des biologistes DIY se sont ainsi tournés vers le biohacking cérébral. Paul Peyriller, du biohacklab parisien La Paillasse, a notamment entrepris de construire un appareil de biofeedback musculaire à bas coût, afin notamment d’apprendre à réguler ses muscles et son sommeil. “Je fais des montages pour capter les courants du corps humain, les visualiser et en faire plusieurs applications, racontait-il en novembre 2016 sur France Culture. On peut contrôler ses muscles, pour la relaxation ou encore la rééducation. On place des électrodes sur les muscles, on amplifie le courant et on le visualise sur un écran d’ordinateur. Mon but est ensuite de visualiser tout ça sur un smartphone.” Le chercheur place également des électrodes de surface sur les tempes, qui envoient un faible courant électrique dans le cerveau. “Je suis passé de 8h à 6h de sommeil, professe-t-il, je m’endors vite et je me réveille au sautant du lit”. Un programme moins alléchant que les promesses de surhumanité de Dave Asprey, mais qui a le mérite de s’épargner le café au beurre au petit déjeuner.

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