Ils s'engagent

Jean-Sébastien Blanc, designer écoresponsable

La Paris Design Week se termine tout juste à la Cité de la Mode et du Design. C’est dans ce cadre qu’était organisé le Concours Design Zéro Déchet, un concours national réservé aux étudiants en design et soutenu par la région, l’Ademe et le Syctom, l’entreprise en charge de la gestion des déchets en Ile de France.

À cette occasion, nous avons rencontré Jean-Sébastien Blanc, parrain de l’édition 2018 et membre fondateur du collectif de designers 5.5, pionniers de l’écodesign en France. Il était présent le 11 septembre à la Cité de la Mode et du Design pour animer un workshop sur la gestion des déchets au bureau avec des étudiants en design.

 

Pourriez-vous nous donner votre définition de l’écodesign ?

C’est le fait de concevoir des objets avec une conscience écologique, de limiter au maximum l’impact sur l’environnement. En tant que designer, nous avons la capacité de faire des choix. On peut choisir des matériaux issus de ressources naturelles, exploités de façon responsable et éthique, et limiter la quantité de matière utilisée. On peut surtout créer des objets qui ont une véritable utilité. Aujourd’hui on crée souvent des objets pour démoder ceux qui ont été créés 6 mois auparavant. Le véritable enjeu, c’est la durabilité des produits, ce n’est pas forcément de concevoir un objet en matière recyclable.

 

 

L’écodesign est-il un antidote à l’obsolescence programmée qui vise à limiter sciemment la durée de vie des produits ?

Non pas forcément, le designer n’est pas le seul à concevoir un objet, il y a aussi les ingénieurs et le service marketing. Si dans le business plan de l’entreprise, la durée de vie de l’objet est préprogrammée dans le but de faire racheter à court terme un nouvel objet au consommateur, le produit aura beau être écoconçu, ça ne changera rien. Ce qui est certain c’est que plus on augmente la durée de vie d’un objet, plus on peut séduire les consommateurs sur de vrais critères.

 

Au XXIème siècle, le design doit-il avoir une dimension politique ?

Effectivement il y a peu de designers qui donnent une dimension politique au design mais dans notre collectif nous privilégions un design plus politique qu’esthétique. Souvent on redessine des objets existants pour leur donner un nouveau look et recréer le désir d’achat sans se poser la question de leur utilité. Ce qui est important c’est de produire des choses qui sont porteuses d’un message. En tant qu’écodesigner, créer des objets, c’est notre façon d’être acteur de ce monde, d’en proposer un qui corresponde plus à nos aspirations. Aujourd’hui, les gens ont envie d’acheter des objets qui ont du sens, qui cautionnent des démarches avec un impact social et environnemental. L’acte d’achat est aussi une démarche politique. Quand on achète un produit on cautionne une entreprise, des réseaux. Si acheter devient de plus en plus politique, les marques vont devoir proposer des objets qui correspondent à ces attentes. Le designer devra aussi revoir sa façon de créer. Il a un rôle fondamental à jouer dans ce changement de paradigme.

 

Exposition des finalistes 2017 du Concours Design Zéro Déchets

 

On a l’impression que l’écodesign est porté par une nouvelle génération de designers talentueux soucieux de promouvoir une vision plus écologique mais que leurs idées ne dépassent pas le stade du prototype, pourquoi ?

Je pense qu’on a effectivement plein de bonnes idées mais nous ne prenons pas la décision de commercialisation de nos objets. C’est surement ça qui justifie le mouvement des makers qui se mettent à autoproduire et à autoéditer leurs produits parce qu’ils ont des convictions et que les entreprises n’y adhèrent pas suffisamment. Et puis les designers ont souvent des démarches très prospectives qui sont peut-être trop en avance sur leur temps. C’est pour ça qu’en tant que parrain de l’édition 2018 du concours Design Zéro Déchet nous avons demandé aux étudiants de réaliser des choses très concrètes pour changer la donne rapidement et montrer que l’écoconception peut devenir une économie à part entière.

 

 

L’édition 2018 du concours Design Zéro Déchet porte sur la gestion et la réduction des déchets dans l’espace public, en quoi le design peut-il apporter de nouvelles solutions ?

C’est un espace où il y a tout à faire. Aujourd’hui il n’y a que des poubelles alors qu’il y a d’autres façons de faire prendre conscience aux gens que c’est un espace collectif. Par exemple, à Tokyo, il n’y a pas de poubelles dans la rue. On considère que les gens doivent s’autogérer par rapport à leurs déchets. Le concours n’est pas là pour faire le design de belles poubelles. Souvent quand une municipalité achète ses poubelles, elle se pose la question de savoir quelle est celle qui va le mieux s’intégrer dans la ville, la plus jolie ? Alors que le débat ne devrait pas porter sur l’esthétique mais sur ce qui va être le plus pertinent pour réduire les déchets dans l’espace public. Si vous prenez le chewing-gum qu’on retrouve un peu partout sur les bancs ou les trottoirs, avec le design on peut trouver une solution ludique. Par exemple, une municipalité a mis en place des cibles à chewing-gum qui deviennent de véritables catalyseurs à déchets. Cela fait partie des démarches innovantes et surprenantes qui sensibilisent et ne sont pas coercitives.

 

Pour en savoir plus, rendez vous sur la page web du concours Design Zéro Déchet ou encore sur celle du collectif de designers 5.5

Photo à la Une : Au centre, Jean-Sébastien Blanc avec un tabouret sur la tête.

 

Pour aller plus loin

5 innovations pour en finir avec les déchets

À l’occasion de la Paris Design Week qui s'est tenue du 8 au 16 septembre 2017 à La Cité de la Mode et du Design, Sytcom, opérateur de traitement des déchets, la région Ile de France et l'ADEME lancent la 6ème édition du concours Design Zéro Déchet qui aura pour thème cette année la gestion et la réduction des déchets dans l’espace public. Un concours ouvert à tous les étudiants en design et jeunes diplômés de moins de 2 ans. L'occasion de revenir sur 5 innovations marquantes des précédentes éditions de ce concours pour jeunes ecodesigners.