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IA : la France tiendra-t-elle les promesses du rapport Villani ?

Défi scientifique, l’intelligence artificielle pose également des enjeux éthiques, industriels et géopolitiques. C’est l’objet du rapport parlementaire "Donner un sens à l’intelligence artificielle" déposé le 28 mars 2018, élaboré sous l’égide du mathématicien et député de l’Essonne Cédric Villani. Les moyens suivront-ils pour assurer à la France, selon le vœu de ses promoteurs, un rang de leader dans ce domaine ?

Plusieurs inquiétudes majeures sous-tendent le rapport sur le devenir de l’Intelligence Artificielle (IA) confié à la mission parlementaire réunie autour du mathématicien Cédric Villani. La première relève de la projection géopolitique, à l’aune de l’ambition chinoise d’égaler les géants américains du secteur. Pour tenir un tel pari, l’ex-Empire du Milieu compte investir à l’horizon 2030 la modique somme de 127 milliards d’euros. Au spectre d’une hyper-concentration des capacités de production d’IA aux mains de quelques puissances s’ajoutent les craintes liées à l’évolution récente du domaine. L’IA se déploie sous l’effet du développement de nouveaux algorithmes et de la multiplication des jeux de données. Quelle régulation de la « datafication » du monde faut-il dès lors imposer ? Et que pèserait dans un tel processus un pays comme la France – et avec elle l’Europe – dont le rapport pointe l’insuffisance de moyens et la fuite des cerveaux ?

 

« 3IA » et secteurs clés

Articulant ces interrogations, le rapport Villani tente d’y répondre par un corpus de 135 propositions soutenant le dessein de faire de la France un leader en matière d’IA, et d’y multiplier par trois le nombre de personnes formées dans les trois prochaines années. C’est dans cet objectif que la mission Villani prône la création de quatre à six Instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle (surnommés « 3IA ») envisagés comme des « zones franches de l’IA », bénéficiant de moyens ad hoc et de souplesse administrative. Surtout, ces infrastructures disposeraient, techniquement, d’un supercalculateur conçu pour les applications d’IA et susceptible d’atteindre les capacités des GAFA. Ces efforts en direction de la recherche et de la formation n’iraient évidemment pas sans une politique de développement de l’IA, intégrant cette dernière à la conduite des politiques publiques. Quatre secteurs stratégiques seraient ici concernés au premier chef : la santé, l’environnement, les transports et la sécurité. Dans ces domaines, le rapport prône l’instauration de plateforme de mutualisations alliant le public et le privé. Au niveau européen, il recommande la création de « communs » de la donnée appelant à la fois meilleur usage et meilleure protection. Guidée par le souci éthique, consistant notamment à anticiper les impacts de nouveaux algorithmes, la mission parlementaire insiste sur la nécessité d’une IA adossée à l’exigence de développement durable, alors qu’à l’horizon 2040, les besoins en espace de stockage de données devraient dépasser la production disponible globale de silicium.

 

Questions d’échelle

S’il emporte l’adhésion des observateurs par ses constats généraux de départ, le rapport Villani fait moins l’unanimité sur les solutions qu’il propose. Le consultant Olivier Ezratty reproche en particulier à ses auteurs de raisonner à une échelle sans commune mesure avec l’ambition d’un leadership industriel et éthique. « 113 de ses 135 propositions relèvent des usages et du marché de l’IA en France et pas dans le monde », constate l’expert. D’autres déplorent le manque de relais politique concret assorti à ce rapport et le risque d’un statu quo au bénéfice des géants « installés » du secteur. Au lendemain de la publication du rapport, le président de la République annonçait l’investissement de 1,5 milliards d’euros supplémentaires d’ici à 2022, soit environ 3,75 % d’augmentation de l’ensemble des dépenses publiques d’innovation. Guère de quoi faire trembler la Silicon Valley ou effrayer le dragon chinois.

 

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