Ils s'engagent

« Il faut que les agriculteurs se forment ! » – François Veillerette

Pour François Veillerette, de « Générations Futures », il y a urgence. Parfois la pollution est visible, palpable : ce sont les déchets qui encombrent les océans ou les degrés Celsius qui grimpent. Mais la pollution peut aussi être invisible, plus pernicieuse et difficile à saisir. C’est contre ce genre de pollution, celle qui se retrouve dans l’air qu’on respire ou dans les aliments qu’on mange, que s’attaque cet ancien Président de Greenpeace France et aujourd’hui porte-parole de l’association « Générations Futures ». Interview avec un homme de conviction qui se bat pour que l’agriculture de demain fasse moins de dégâts.

« Générations futures » a vingt ans. Pourquoi ce nom ?

Parce que les actes d’aujourd’hui façonnent l’environnement de demain, notre association a été créée dans le but de défendre le droit des générations futures.

 

C’est quoi, le « droit des générations futures » ?

C’est le droit de vivre dans un environnement et un climat vivables par exemple, ou de ne pas être intoxiqué par des pesticides. En effet, des études ont prouvé que les pesticides augmentent le risque de contracter de nombreuses maladies, comme des cancers ou des maladies neurodégénératives comme Parkinson ou Alzheimer. Chez la femme enceinte, les pesticides augmentent les risques d’autisme, de fausses-couches ou de leucémies infantiles. Et en général les pesticides augmentent les problèmes de fertilité et de reproduction. Ces études ont été menées en premier lieu chez des professionnels qui utilisent ces produits, comme les agriculteurs, et chez qui l’épidémiologie est plus facile à réaliser. Mais via la nourriture ou l’environnement, ces maladies peuvent toucher à peu près n’importe qui. Chaque année en Europe, les dépenses sanitaires liées aux pesticides perturbateurs endocriniens sont estimées à plus de 120 milliards d’euros. Et ces colossales externalités qui pèsent sur la collectivité (pour des bénéfices privés) concernent aussi l’environnement.

 

DR Sylvie Tostain

François Veillerette (DR Sylvie Tostain)

 

Justement, quels sont les impacts des pesticides sur l’environnement ?

Ils sont nombreux ! Les insecticides, pesticides et autres produits toxiques impactent les écosystèmes et la biodiversité, polluent les sols et les milieux aquatiques qui sont encore mal protégés par les réglementations. Les pesticides sont aussi nocifs pour les abeilles dont le rôle de pollinisateur est essentiel, mais encore pour les oiseaux qui mangent les semences traitées, ou pour le gibier et les animaux domestiques qui vont dans les champs après les traitements. Et en éradiquant les insectes ravageurs, les pesticides éliminent aussi les insectes « utiles ».

 

Où trouve-t-on des pesticides, sont-ils présents là où on ne s’y attendrait pas ?

Les pesticides se trouvent un peu partout. Dans les fruits et les légumes (l’an dernier une étude a trouvé une moyenne de quatre pesticides différents dans des salades !), et à une plus ou moins forte dose dans les produits qui en sont dérivés, comme le vin par exemple. On peut aussi trouver des traces de pesticides dans l’eau, les produits laitiers ou les viandes. Mais on trouve aussi des pesticides dans l’air qu’on respire à l’extérieur (les analyses révèlent des dizaines de pesticides différents, et une quarantaine dans les zones agricoles) comme à l’intérieur des maisons si on utilise des pesticides ménagers ou des colliers anti-puces par exemple. Sans s’en rendre compte, au bout d’une journée, on a souvent ingéré plusieurs dizaines de pesticides.

 

Que peut-on faire pour se protéger d’un point de vue individuel ?

On peut éviter d’utiliser de pesticides ménagers, et mettre de la toile de moustiquaire aux fenêtres plutôt que de l’anti-moustique par exemple, mais encore manger des produits bio ou faire soi-même son potager sans utiliser d’insecticides.

 

Et d’un point de vue collectif ?

L’action passe par des réglementations et des législations au niveau agricole et non agricole. Grâce à nos actions, en 2017, il sera ainsi interdit d’utiliser des pesticides de synthèse dans les espaces verts des collectivités locales et, en 2019, la mesure sera étendue aux jardins privés. Nous proposons aussi des « bandes sans traitement » autour des écoles et des habitations afin de protéger la population.

 

Ecologically_grown_vegetables

 

Vers quelle type d’agriculture faudrait-il tendre ?

L’agriculture biologique est la meilleure pour l’environnement, mais des « systèmes de production intégrés » permettent aussi d’utiliser moins de pesticides de synthèse. Cette meilleure agronomie permet de réduire de 50 à 60% les pesticides utilisés par rapport à la référence de base. En ne perdant que 10% de rendement, ces nouvelles méthodes permettent de dépenser moins en engrais et en produits chimiques, et ainsi de maintenir, voire d’augmenter, le niveau de vie des agriculteurs.

 

Comment ?

Il s’agit par exemple de cultiver des variétés de blé moins fragiles, en les serrant moins pour que l’air circule mieux et qu’il y ait moins de maladies. On peut aussi décaler les dates des semis pour être moins concernés par les maladies du printemps. Mais encore, conserver des bandes d’herbe abritant des insectes utiles qui lutteront naturellement contre les ravageurs. Car il ne faut pas confondre rendement et rentabilité ! On ne gagne pas forcément plus d’argent en produisant 90 quintaux qu’en en produisant 70 si on diminue les pesticides qui sont polluants et coûteux. Il faut trouver cet optimum et diffuser cette bonne agronomie via de bons ingénieurs sachant attendre que les systèmes naturels se mettent en place avant d’utiliser des produits chimiques. Par exemple, quand il y a des pucerons dans un jardin, 10 jours après les coccinelles règlent le problème.

 

Sentez-vous le début d’un mouvement en ce sens ?

Aujourd’hui, il faut que les agriculteurs se forment, s’informent et mettent en pratique ces nouvelles techniques. Et c’est aussi en développant cette agriculture dans les pays pauvres d’Afrique qu’on produira assez pour tout le monde tout en respectant l’environnement et la santé des professionnels.

 

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