Ils s'engagent

« Les jeunes représentent une cible importante » – François Bourdillon (Inpes)

Praticien hospitalier et médecin de santé publique, François Bourdillon est le Directeur général de l’Inpes (Institut national de prévention et d’éduction) depuis décembre 2014. Comment parler aux jeunes de tabagisme, d’alcool, de surpoids, fléaux des nouvelles générations ? Réponses avec un homme qui tente de mesurer les changements majeurs de son époque.

Ils fument comme des pompiers, ils boivent comme des trous, ils ont des rapports sexuels non protégés, s’abîment les yeux pendant des heures sur leur écran et oublient de se soigner, par négligence ou par manque d’argent. « Ils », ce sont les jeunes. Ados, étudiants, jeunes adultes : une population à risque, qui pense avoir la vie devant elle et n’écoute pas les conseils de ses aînés. Et pour cause ! Lesdits conseils sont la plupart du temps moralisateurs, institutionnels, voire carrément ridicules quand ils sont prodigués par des vieux qui singent le vocabulaire des « djeun’s ». Et pourtant, il faut bien faire quelque chose. Un jeune (18-25 ans) sur deux a connu au moins un état d’ivresse dans la dernière année. 700 000 jeunes fument au moins dix joints de cannabis par mois. Des chiffres qui sont tous à la hausse.

Au-delà de la fonction d’éducation que les parents doivent nécessairement assumer (à supposer qu’ils soient eux-mêmes irréprochables), les pouvoirs publics ont leur rôle à jouer. C’est la vocation de l’INPES : créé en 2002 en remplacement du vieux Comité Français d’Education pour la Santé (CFES), doté d’un budget de 114 millions d’euros par an, il s’adresse à toute la population, mais cible spécifiquement les populations à risque, dont les jeunes.

Nous avons voulu demander à son DG comment il envisageait son rôle. Et s’il avait enfin trouvé la martingale : comment s’adresser aux jeunes sans passer pour un vieux schnock !

 

Quels sont les problèmes de santé des jeunes ?

Il faut d’abord préciser que tous les quatre ans, nous dressons un « baromètre santé » nous permettant d’obtenir une connaissance des comportements et de l’état de santé des « jeunes ». Ces données nous permettent en retour d’orienter nos actions. Chez les jeunes, notre travail de prévention et d’éducation pour la santé tourne essentiellement autour de la question de la santé sexuelle, du tabagisme, de l’alcool, des drogues et de l’alimentation. Nous avons par exemple créé le site mangerbouger.fr qui relaie l’ensemble des recommandations du programme national « nutrition santé » (PNNS). Le PNNS promeut un équilibre entre les apports liés à l’alimentation et les dépenses occasionnées par l’activité physique. L’objectif étant de lutter contre le surpoids et l’obésité en forte croissance en France mais aussi de favoriser une bonne santé.

Les problèmes de santé et les comportements à risque changent-ils selon les générations ?  

Oui, cela change et il y a de vrais phénomènes générationnels. Prenons le cas du tabagisme. À mon époque, les hommes étaient les principaux fumeurs, on leur offrait même des paquets à leur entrée à l’armée. Aujourd’hui, les femmes fument plus et le cancer du poumon est en passe de devenir plus important que le cancer du sein. Autre exemple avec l’alcool : le phénomène anglo-saxon du binge drinking, consistant chez les jeunes à boire de grandes quantités de boissons alcoolisées en très peu de temps, touche aujourd’hui autant les hommes que les femmes. Ces phénomènes générationnels ont de nombreuses causes, comme par exemple aujourd’hui Internet et le marketing qui influencent les comportements.

 

www.onsexprimer.fr informe et libère la parole sur la sexualité

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Quelles sont les stratégies mises en place par l’Inpes afin de s’adresser aux « jeunes » et d’assurer le développement de l’éducation pour la santé ?

Puisque que c’est au cours de l’enfance et de l’adolescence que l’on se construit, les jeunes représentent une cible très importante pour l’Inpes. La première grande stratégie mise en place afin de les sensibiliser aux questions de santé est une stratégie de prévention et de promotion de la santé, via du marketing de santé publique, des campagnes télé et radio, mais encore par l’utilisation des réseaux sociaux et de sites Internet interactifs comme onsexprime.fr : dans ce site dédié à la sexualité, sont abordées des questions aussi diverses que l’anatomie, les MST, le plaisir, les sentiments ou l’orientation sexuelle. L’idée est de transmettre des messages simples, ludiques et modernes et de ne pas présenter uniquement les choses sous un angle négatif mais plutôt d’avoir une approche globale et positive. L’autre grande stratégie de l’Inpes consiste à travailler en collaboration avec le milieu scolaire. D’abord, via des actions de promotion de la santé pour favoriser la création d’environnements favorables à la santé. L’Inpes mène par exemple l’expérimentation « Aller bien pour mieux apprendre », avec l’Académie de Lyon. Ce dispositif est un ensemble d’actions au service du vivre-ensemble et du bien-être des élèves et des personnels des établissements scolaires. Le but est d’améliorer le climat scolaire et favoriser la réussite éducative. Ensuite, en développant les compétences « psycho-sociales » des jeunes pour qu’ils gagnent en autonomie et qu’ils soient capables de faire leurs choix en toute connaissance de cause, notamment afin de rester en bonne santé. Non pas en ajoutant des heures de cours, par exemple sur le tabac ou le VIH, mais en proposant un « parcours éducatif en santé », avec des savoirs que les professeurs devront transmettre. Il s’agit là d’un des objectifs de « la Loi de Santé » qui a été votée en mars à l’Assemblée Nationale. Et plus que de délivrer des messages, l’enjeu est de faire évoluer les comportements. Car, si tout le monde sait que le tabagisme donne le cancer, un tiers des jeunes fument malgré tout.

Comment mesurer l’impact de ces politiques de santé publique au cours du temps ?

À court terme, on peut mesurer la notoriété de la campagne, à travers le trafic généré par un site Internet par exemple. À long terme, ce qui nous intéresse davantage, ce sont les taux de consommation de cigarettes, d’alcool, de surpoids et d’obésité ; taux régulièrement suivis par l’Inpes.

 

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