Les grands débats

Du fédéralisme galactique

On ne gère pas les humains comme les extra-terrestres. Des deux côtés de l'Atlantique, aux Etats-Unis comme en Europe, la science-fiction n'a cessé de souffler sur les braises du fédéralisme, imaginant des gouvernements qui réunissaient non seulement Etats et continents, mais aussi planètes et galaxies.

C’est peu dire que l’Europe a du plomb dans l’aile. Il y a quelques années, on rêvait encore à une fédération d’Etats capables de faire contrepoids aux Etats-Unis d’Amérique, qu’on appellerait Etats-Unis d’Europe. Les USA d’un côté, les USE de l’autre… L’Euro, l’Empire romain, l’ouest du continent eurasiatique : on s’était trouvé une monnaie, une histoire et une géographie commune ; mais le feu n’a pas pris.

Notre sentiment ancestral de solitude sidérale est-il à blâmer pour nos divisions ? Faute d’autres planètes face auxquelles constituer une identité terrienne commune, sommes-nous condamnés à nous opposer les uns aux autres ? Avec le rêve du voyage interplanétaire, la science-fiction offre souvent celui d’un peuple terrien uni, par opposition aux habitants des autres systèmes ou des autres galaxies.

 

Star Trek, la Fédération modèle

 

Carte de la galaxie selon Star Trek

La carte de la galaxie dans laquelle se déroule Star Trek. Les empires Klingon (en rouge) et Romulien (en vert) tiennent tête à la fédération des planètes unies (en bleu).

 

La mère de ces utopies pourrait être la Fédération des Planètes Unies qu’imagine Gene Roddenberry dans Star Trek, en 1964. Cette République Fédérale regroupe près de 150 planètes et des centaines de colonies éparpillées dans différents systèmes sur tout un pan de la Voie Lactée. Le pouvoir est cependant centralisé sur Terre, dans deux grandes villes: Paris (pouvoir exécutif et judiciaire) et San Francisco (législatif et militaire). Chaque planète bénéficie d’un nombre égal de représentants (coucou les USA, ça vous dit d’en prendre de la graine ?), et le Président, qui siège à Paris, est élu au suffrage universel.

Cette Fédération est dotée de la célèbre Starfleet, chargée d’explorer les confins de l’univers et de découvrir de nouveaux peuples et de nouvelles espèces à accueillir en son sein. L’idée est donc de continuer à s’étendre : à quelques accidents près (ces Romuliens!), l’histoire de la Fédération des Planètes Unies est un modèle d’harmonie.

 

Star Wars, une République fragile

 

Sheev Palpatine, sénateur de la planète Naboo au Sénat galactique, puis Chancelier Suprême de la République galactique

Sheev Palpatine, d’abord Sénateur de la planète Naboo, puis chancelier suprême de la République galactique, obtient les pleins pouvoirs et fonde l’Empire galactique

 

Star Wars, ce n’est plus un secret pour personne, se situe en revanche dans une autre galaxie (fort lointaine, même). Pas de président ici, mais un Chancelier, leader d’un Sénat galactique sur la planète-ville Coruscant, où chaque planète envoie ses représentants. Cette République Galactique n’est pas à l’abri des erreurs : dans l’épisode II, un certain Jar-Jar Binks fait voter les pleins pouvoirs au Chancelier, précipitant l’avènement d’un régime militaire autoritaire, l’Empire. Il revient alors à une assemblée de moines-soldats, les Jedi, de la défendre, par la négociation ou le sabre laser – avec le succès que l’on sait ! La faute, cependant, n’incombe pas tant au système Sénat/Temple Jedi qu’à la faille humaine représentée par un névrosé qu’il aurait mieux valu laisser auprès de sa mère – un certain Anakin Skywalker.

 

Battlestar Galactica, la démocratie après l’explosion démographique

 

Le tout jeune conseil des 12 discute du bien fondé d'une mission d'exploration spatiale

Le tout jeune Quorum des Douze discute du bien fondé d’une mission d’exploration spatiale

 

Née un an seulement après Star Wars, en 1978, la série Battlestar Galactica s’essaye à son tour à l’utopie interstellaire. Peu après une guerre qui ne laisse que quelques dizaines de milliers de survivants répartis dans le vaisseau éponyme, l’humanité s’est répartie sur treize planète différentes – l’une d’entre elle étant la Terre, et échappant à la juridiction des Douze Colonies de Kobol. En dépit du fait que ces douze colonies totalisent près de 50 milliards d’habitants, elles ne sont dirigées que par douze représentants, le Quorum des Douze, lui même dirigé par un Président. L’explosion du nombre d’humains dans le futur imaginé par la science-fiction justifie peut-être la nécessité du fédéralisme : tout le monde ayant fini par émigrer quelque part, les frontières sont devenues un concept absurde.

Dans Le Cinquième Élément, Luc Besson imaginait déjà un unique président Terrien régner sur près de “23 milliards de compatriotes”. Spontanément, on s’était imaginé qu’il parlait de la population des Etats-Unis. On n’avait pas encore l’habitude. Aujourd’hui, on a compris : dans le futur, pour être l’étranger de quelqu’un, il faudra vraiment venir de très, très loin.

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