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ExistenZ 2, les ambassadeurs d’un nouveau contrat social

Rousseau a fait des émules à l’ère connectée. Face à l’inquiétante désagrégation du lien entre gouvernants et gouvernés, l’événement Existenz2, co-organisé par Les Arpenteurs, a tenu le pari inédit d’élaborer un nouveau contrat social. Après une phase de pré-consultation in vivo autour de sept thématiques est venue celle de la discussion et de l’amendement en ligne. L’initiative doit désormais trouver son relais politique.

Ils étaient 150 ce 24 août 2016, réunis dans le quartier parisien de Ménilmontant à l’abri de la canicule. Par ironie de l’Histoire, le premier acte d’Existenz2 est tombé à la date anniversaire de la tristement célèbre Saint-Barthélémy. Mais c’est sous les lointains auspices de Rousseau que ces citoyens studieux, engagés et connectés se sont alors attelés aux prémices d’un nouveau contrat social. Organisée en partenariat avec Les Arpenteurs et pilotée par la plateforme 22ème Siècle (22 S), Existenz2 constitue la première expérience de « démocratie augmentée », à l’appui d’une méthode collaborative destinée à développer une intelligence collective. Cette fois, Rousseau n’est plus seul. Son héritage est confié à chaque participant, à une époque qui interroge de nouveau la notion de « démocratie ».

 

© Rod Macey

© Rod Macey – 22S

 

« Une Constitution organise les pouvoirs publics », rappelle Raphaël Bosch-Joubert, directeur général de 22 S. « Mais quid du contrat fondamental qui lie les citoyens les uns aux autres ? Autrement dit, pourquoi vit-on ensemble ? La société manque de cette vision et Existenz2 part de ce constat. » Partagé, le constat sert de support à une réflexion engagée sous sept thématiques :

-« L’intergénération et le temps »

-« La gestion de l’espace et des ressources »

-« Les interactions mondiales »

-« La participation citoyenne »

-« L’activité, la créativité et l’éducation »

-« La paix, le bonheur et le bien-être »

-« La réalité virtuelle », aussitôt rebaptisée « la réalité augmentée ».

A chaque thématique son « ambassade », autrement dit son agora, où les participants ouvrent des pistes sous l’impulsion d’un « ambassadeur », secondé par des « facilitateurs » de débat. A l’entame des discussions, on cherche aussi sa méthode.

 

Mots-clés

Aux tables de « la réalité augmentée », les questions métaphysiques prennent le pas. « La personne virtuelle, visible sur les réseaux sociaux, est-elle assimilable à la personne réelle ? ». « Quel contrat peut lier l’homme à la machine, à l’heure annoncée des robots ? ». A « l’activité, la créativité et l’éducation », les échanges fluides accouchent rapidement d’un mot-clé : reconnaissance. Mais une reconnaissance qui dépasserait les normes actuelles du statut social et de l’argent. Chez les « paix, bonheur et bien-être », les mots-clés recouvrent la table de post-it : rituels, hommes-femmes, dialogue, gratitude. Il faudra de là faire jaillir les « bonnes » questions. A « la participation citoyenne », le débat sur la gouvernance en appelle un autre sur le rôle de l’ambassadeur présent. Quel interlocuteur ou quelle autorité serait en mesure d’apporter des réponses ? « Attention à la démagogie de la participation totale », prévient l’intéressé, Emmanuel Letourneux, enseignant, auteur et co-fondateur d’Ensemble Communications Participatives. « Chacun veut participer mais sans forcément assumer sa propre part de pouvoir. Il faut se garder de toute infantilisation. Et l’ambassadeur est là pour amener du dénouement. » Une problématique qu’une jeune participante résume par son sentiment d’être à la fois « frustrée et impatiente ».

 

© Rod Macey

© Rod Macey – 22S

 

68 propositions

A l’issue des échanges, les mots-clés ont pris corps sous forme de grands principes, et ont été soumis à discussions et amendements via l’application Stig, outil numérique de ce futur contrat social. Raphaël Bosch-Joubert détaille quelque 7 000 invitations à cette phase 2, suivies de 1 200 votes, dont 300 participations actives à la reformulation des contenus. Au total, ce sont 68 propositions que les Internautes ont plébiscitées et qui serviront de point d’appui au nouveau contrat social.

 

D’une ambassade à l’autre, les mêmes préoccupations se lisent de façon déclinée. « Avoir du temps et un revenu suffisant pour avoir la tranquillité d’explorer ses centres d’intérêt » (ambassade Activité, créativité et éducation). « Assurer la neutralité du Net » (Réalité augmentée). « Permettre à chacun d’exercer son pouvoir d’agir par une éducation tout au long de la vie » (Participation citoyenne). « Les ressources locales sont des biens communs à l’ensemble du vivant et font l’objet d’une régulation leur permettant un accès équitable » (Gestion de l’espace et des ressources). « Tout enjeu d’influence mondiale a besoin d’une régulation supranationale à échelle globale » (Interactions mondiales). « Des structures qui respectent la parité intergénérationnelle et la légitimité de transmettre se fondant sur le savoir-faire » (Intergénérations et temps). Le cahier de doléances, ou plutôt de normes, inclut des considérations philosophiques plus inattendues. Ainsi, cette maxime sortie de l’ambassade « réalité augmentée » : « Si une machine a conscience d’elle-même, des autres et du monde, c’est un humain ».

 

Tous ces éléments configurent le contrat à venir. Mais encore faut-il les agréger. C’est l’objet de la phase 3, dont le déroulement reste à définir. Du côté de 22 S, on songe pour l’instant à la réunion d’un panel d’évaluation des principes retenus. Viendra ensuite le moment de communiquer les résultats. Mais Raphaël Bosch-Joubert a conscience de la nécessité d’élargir l’initiative pour que le futur contrat social prenne toute sa dimension. Et des obstacles posés. « La question des barrières sociales demeure. Nous savons bien que les participants mobilisés sont issus d’une population urbaine bénéficiant d’un fort capital culturel. L’autre question est celle du relais politique. Comment faire passer le message pour lui assurer une vraie portée politique ? » La question dépasse et de loin les échéances de la campagne pour les élections de 2017.

 

Photo à la Une : © Rod Macey – 22S

 

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