Historique !

Dictatures sans dictateur

Si les dictatures à l’ancienne ne sont plus à la mode, ni le vote ni les contre-pouvoirs n’empêchent aujourd’hui la résurgence de pratiques autoritaires. L’équilibre démocratique pourrait-il rompre ?

– « Et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète, une seule chaîne de télévision et dont toute l’information est contrôlée par l’État ?

– J’appelle ça la France, mademoiselle. Et pas n’importe laquelle ; la France du général de Gaulle. »

 

Personne n’accuserait aujourd’hui de tyrannie l’homme du 18 juin, qui se défendait déjà en son temps d’entamer « à 67 ans, une carrière de dictateur ». Cependant, bien que lapidaire, la description involontaire du pouvoir gaullien par le personnage de Dolorès dans OSS 117, Rio ne répond plus n’en est pas moins exacte. Et elle souligne avec une certaine ironie une situation dont nous commençons à avoir la triste habitude : Un président civil élu peut, lui aussi, sans police politique (ou presque) ni prise (directe) sur l’information, parfaitement céder à la dérive autocratique. Alors même que veillent les contre-pouvoirs.

Ainsi Donald Trump, dont le décret Muslim Ban remanié vient d’être à nouveau retoqué par la justice fédérale. Le président américain n’en a cure et récidivera sans doute. Ainsi le philippin Rodrigo Duterte, engagé dans une « purge » contre les parlementaires hostiles à son projet de loi sur la peine de mort, et menacé au même moment d’une procédure de destitution. Ainsi la Russie et la Turquie, où la « purge » est encore plus avancée et où les contrepouvoirs se réduisent ; mais toujours dans un cadre formel d’institutions démocratiques préservées.

 

Dans ses harangues, le Président des États-Unis Donald Trump fait peu de cas de la séparation des pouvoirs

Dans ses harangues, le Président des États-Unis Donald Trump fait peu de cas de la séparation des pouvoirs

 

L’autoritarisme comme recharge du pouvoir ?

Les Pinochet ne sont plus de saison. Les totalitarismes – Erythrée, Corée du Nord, Turkménistan – sont devenus l’exception. En parallèle, les démocraties ont progressé à la faveur d’une époque où l’Etat n’est plus le garant d’un « salut commun ». Leurs institutions, autant que leurs citoyens, ont mûri ; et ces derniers demandent davantage de comptes à qui prétend les représenter. Plus faible, plus surveillé et plus interdépendant, le pouvoir aurait-il trouvé dans la résurgence de pratiques autoritaires la recharge qui lui manquait face à une société civile et des institutions qui le débordent ?

La question ne se pose plus seulement dans le cas de « jeunes » démocraties. État d’urgence, mesures sécuritaires renforcées et répression policière accrue font craindre pour l’avenir des libertés publiques en France aussi. Exacerbées à l’approche de la présidentielle, ces craintes s’ajoutent à celles suscitées par l’usage qu’annoncent vouloir faire des institutions certains candidats une fois élus.

Demain, des dictatures ? Peut-être, mais sans dictateurs. À leur place, des dirigeants aux pratiques toxiques pour l’État de Droit, mais élus dans le respect des règles, capables de survivre aux changements de majorité et de Constitution.

 

Pour lutter contre le traffic de drogue, le très autoritaire président philippin Rodrigo Duterte encourage ses concitoyens à se faire justice eux-mêmes

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