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Déchets radioactifs : vers le stockage réversible

« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez. » Peut-être quelques député-e-s français avaient-ils à l’esprit ces vers de l’Art Poétique de Boileau, au moment de voter la loi sur la réversibilité de Cigéo, ce lundi 11 juillet 2016.

Cigéo, c’est le projet de stockage sous-terrain pour les 80 000 m3 de déchets français les plus radioactifs – ceux issus du cœur des centrales nucléaires, qui peuvent rester dangereux plusieurs centaines de milliers d’années. Ces déchets doivent être déposés dans une couche de roche argileuse, stable et imperméable, située à 500 mètres de profondeur aux environs de Bure, dans la Meuse. Les échelles temporelles sont inédites, les défis scientifiques, technologiques et de gouvernance conséquents pour l’Andra – l’agence publique en charge du projet.

Après les lois de 1991 et de 2006, c’est la troisième fois que le dossier des déchets les plus radioactifs revient devant le Parlement. Se hâter avec lenteur pour progresser avec certitude, agir au bon moment mais sans précipitation, et « sur le métier remettre l’ouvrage » autant de fois que nécessaire – quelques règles de conduite qui paraissent de bon aloi au vu de l’objet en question.

 

Progressivité, réversibilité et cadencement démocratique

A ce tempo législatif, d’une lenteur calculée pour correspondre au temps de la recherche scientifique et technique, répondra un développement très progressif du projet lui-même. C’était tout l’enjeu de ce troisième rendez-vous parlementaire en 25 ans : donner à Cigéo une feuille de route temporelle, en fixer les grandes étapes et le rythme de progression.

Les députés ont ainsi établi que le premier temps de Cigéo serait une phase industrielle « pilote », lors de laquelle seront réalisés des tests grandeur nature – mais « à froid », sans déchets radioactifs. Un quatrième passage devant le Parlement conclura cette phase pilote. Le stockage lui-même pourra alors commencer.

Durant les plus de cent ans que dureront la construction et les opérations industrielles dans Cigéo, les technologies, mais aussi et surtout les sociétés évolueront. Nos descendants qui exploiteront le stockage ne doivent pas se trouver entièrement contraints par les choix qu’auront faits nos générations.

C’est le sens de la réversibilité attendue de Cigéo, que la loi du 11 juillet 2016 définit comme « la capacité, pour les générations successives, soit de poursuivre la construction puis l’exploitation des tranches successives d’un stockage, soit de réévaluer les choix définis antérieurement et de faire évoluer les solutions de gestion ». Des choix à évaluer lors de rendez-vous avec la société civile et les parties prenantes du projet, organisés tous les cinq ans à partir de 2025 et pour au moins cent ans. « Vingt fois sur le métier… »

 

Image : galerie dans le laboratoire de recherche souterrain ©Andra

 

Pour aller plus loin

Dans le ventre de Cigéo

Les Arpenteurs se sont rendus à Bure, dans la Meuse, pour visiter le laboratoire souterrain où l'Andra conçoit et expérimente les technologies qui seront mises en œuvre dans le futur « Centre Industriel de stockage GEOlogique » (Cigéo). C’est là, en effet, que doivent être stockés « pour des siècles de siècles » les déchets radioactifs les plus dangereux issus de notre industrie nucléaire. Plus exactement à 500 mètres sous terre, confinés dans une épaisse couche d’argile. Où il sera question, dans ce premier épisode, de gigantisme, d’une rencontre avec l’étonnant Eric Sutre et de l’absorption d’une boisson revigorante, le ratafia.