C'est là que ça se passe

Déchets radioactifs, au rapport !

Pour savoir quoi en faire, il faut d’abord les compter. Depuis 2006, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (l’Andra) est chargée de réaliser l'Inventaire des matières et déchets radioactifs sur le territoire français. Edité tous les 3 ans, l’édition de juillet 2015 fait état de la provenance, de l’état des stocks et de la localisation de ces déchets pas comme les autres.

Les déchets radioactifs, c’est un peu l’envers du décor de l’industrie nucléaire. Car une fois que les centrales ont fini d’exploiter les matières radioactives (uranium, plutonium, etc.) destinées à faire fonctionner les réacteurs, il demeure une part de déchets qu’il n’est à ce jour pas possible de recycler. Les déchets les moins dangereux sont aisément empilables en surface et ne présentent pas de véritable danger. Mais les plus dangereux nécessitent un accueil autrement plus sécurisé. Dans l’un et l’autre cas, il faut être en mesure de les recenser. Plus un Etat est capable d’inventorier sa matière radioactive usagée, plus il est capable de transparence dans son recensement, et plus il garantit un haut niveau de démocratie. L’inventaire, ce n’est donc pas qu’une question technique : c’est une question hautement politique. Voici donc ce qu’il faut savoir pour ne pas être perdu sur une question qui doit sortir du domaine des experts.

 

LE SAVIEZ-VOUS ?

 

 La France est le deuxième pays au monde en nombre de réacteurs nucléaires

Dix-sept fois plus petite que les Etats-Unis, la France abrite 58 réacteurs nucléaires contre 99 outre-atlantique. Et ces centrales sont productrices de nombreux déchets et inquiétudes… En effet, matière ou déchet, les substances radioactives émettent des rayonnements et présentent des risques pour la santé nécessitant des contrôles et des mesures particulières.

 

La production de déchets nucléaires devrait tripler d’ici à 2080

Comme l’explique au Monde Michèle Tallec, responsable du service « inventaire et planification » à l’Andra, « fin 2013, la France comptait 1,46 million de m3 de déchets radioactifs, contre 1,32 million fin 2010, et ce nombre devrait tripler d’ici à 2080 pour atteindre 4,3 millions de m3 de déchets nucléaires » [1]Pourquoi tripler ? Car quel que soit le scénario (poursuite de l’activité électronucléaire ou non renouvellement de la production), on arrive sensiblement au même volume de déchets. En effet, même en cas d’arrêt de la production, il faudra démanteler les centrales. A l’heure qu’il est, la loi sur la transition énergétique privilégie la poursuite du nucléaire tout en réduisant sa part dans la production d’énergie, pour atteindre 50% à échéance 2025.

 

Cinq principaux secteurs émettent aujourd’hui des déchets radioactifs

Comment génère-t-on autant de déchets radioactifs ? D’abord, et c’est évident, en consommant de l’énergie électronuléaire, mais pas uniquement puisque ce secteur représente (seulement, si l’on peut dire) 60% des volumes… Ainsi en France, la recherche (nucléaire civil, laboratoires de recherche), la défense (sous-marins, porte-avions, armement, matériel de vision nocturne), l’industrie non électronucléaire (par exemple, la stérilisation de matériel médical et de produits alimentaires), et le secteur médical (notamment via l’utilisation de la radiothérapie) génèrent eux aussi des déchets qui doivent être pris en charge.

 

Source : Andra

Source : Andra

 

98% de la radioactivité provient de 0,2% du volume des déchets radioactifs

Paradoxalement, les volumes de ces déchets sont inversement proportionnels à leur radioactivité. Ainsi, vêtements, outils, gants et filtres liés à l’exploitation des centres nucléaires représentent 60% du volume des déchets radioactifs mais seulement 0,02% de la radioactivité. A l’autre bout du spectre, 98% de la radioactivité totale provient des 0,2% du volume des déchets radioactifs : le combustible contenu dans le cœur des réacteurs.

 

Les déchets sont plus ou moins dangereux, pour plus ou moins longtemps

En effet, selon leur niveau et leur durée de radioactivité, les déchets radioactifs sont classés en cinq catégories : les déchets de Haute Activité (HA), les déchets de Moyenne Activité à Vie longue (MA-VL), les déchets de Faible Activité à Vie longue (FA-VL), les déchets de Faible et Moyenne Activité à Vie Courte (FMA-VC) et les déchets de Très Faible Activité (TFA). Et la durée de vie des déchets dépend du cocktail d’istopes qu’ils contiennent. Ainsi, le césium-137 perd la moitié de sa radioactivité tous les trente ans, alors qu’il faut compter 25 000 ans pour le plutonium-139 et près de 4,5 milliards d’années pour l’uranium-238. Une durée de vie qui a de quoi inquiéter !

 

A chaque type de déchet, sa solution de stockage

Aujourd’hui comme l’explique Michèle Tallec, « 90 % des déchets produits en France disposent déjà de sites de stockage » de surface (TFA et FMA-VC). Il faut pourtant encore trouver un site pour les 10 % restants, notamment pour les plus radioactifs. Les solutions ? Selon le niveau de radioactivité et la durée de vie des déchets : l’enfouissement à faible profondeur ou en géologie profonde à environ 500 mètres sous terre. Ce dernier, actuellement en cours d’étude par l’Andra, est dénoncé comme une bombe à retardement par des associations environnementales et locales. Il s’agit du fameux centre de stockage Cigéo, à Bure sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, qui n’en est aujourd’hui qu’au stade de conception, et dont la création devra être autorisée par une loi.

 

Une façon de transmettre aux générations futures...

Peinture rupestre – Grotte de Lascaux – Une façon de transmettre aux générations futures…

 

Compter et transmettre

Pour plus de transparence, ces données sont consultables sur le site de l’Andra (inventaire.andra.fr) dont l’objectif est à terme d’être accessible en « open data ». Car voilà bien le véritable enjeu de l’inventaire : au-delà de la nécessaire transparence et du décompte (savoir ce que l’on va produire), il est surtout question de transmettre ces informations aux générations futures. Etre le plus clair possible sans tomber dans la simplification (ce n’est pas un sujet simple !) et s’assurer que nos descendants sauront « lire » les informations produites en ce début de XXIe siècle dans les temps très lointains qui seront les leurs : voilà qui pourrait ressembler à une application hyper concrète du principe de responsabilité.

 

[1] http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2015/07/06/la-production-de-dechets-nucleaires-devrait-tripler-d-ici-a-2080_4672350_3244.html

Pour aller plus loin