Ils s'engagent
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Conseiller municipal et hacker

Web-activiste et défenseur des libertés sur Internet, Pablo Soto est devenu conseiller municipal à la mairie de Madrid, désormais investie par une équipe de citoyens. Il y promeut la démocratie directe et œuvre à redonner le pouvoir aux madrilènes.

Pablo Soto a quitté l’école très jeune. Totalement autodidacte, il a commencé à travailler à l’âge de 16 ans comme développeur informatique. Au début des années 2000, il se fait connaître en créant des logiciels de partage de musique. Aussitôt, il devient une figure de la communauté peer-to-peer et s’attire dans le même temps – et sans surprise – les foudres de la « grande » industrie du disque, Warner, Universal, EMI et Sony en tête. Ces tycoons lui intentent un procès et réclament 13 millions d’euros de dommages et intérêts. Après des années de procédure, il est acquitté en 2011, le tribunal considérant la technologie peer-to-peer comme « neutre ».

 

La loi des lobbys

C’est une première initiation à la politique qu’il connaît alors. « Jai gagné le procès, raconte-t-il. Mais six mois après, les lobbys ont fait pression et ont changé la loi espagnole. Cet exemple, je lai vécu de très près, mais ça se passe comme ça dans toute la société. Je me suis rendu compte que peu importe la raison, peu importent les années de lutte, ce sont les intérêts économiques qui priment. Et pour moi, il nest pas possible de s’épanouir en tant que citoyen dans un système qui nest pas véritablement démocratique. »

 

La naissance d’un peuple

Cette même année, alors que la maladie l’a depuis contraint à se déplacer en chaise roulante, il prend toutefois part au mouvement indigné espagnol et campe sur la Puerta del Sol, en plein centre de Madrid. C’est une seconde révélation pour lui. « Sil y a des moments, dans lhistoire, où lon peut assister à la naissance dun peuple, le mouvement du 15M (du 15 mai, date du début de l’occupation des places dans le pays) en est un, se souvient-il aujourd’hui. A partir de ce moment-là, tout a changé. Aller camper sur la place, cest sans doute lacte politique le plus fort de ma vie ». Les « indignés » de la Puerta del Sol réclament une démocratie réelle, veulent mettre fin au bipartisme, à la confiscation de la politique par les élites et à la corruption – vertigineuse – qui gangrène le pays.

 

Ahora Madrid

Dans le sillage de ce mouvement, de nombreux projets naissent, dont celui de constituer une liste citoyenne pour les élections municipales à Madrid. Pablo prend part au processus. « On a organisé des primaires où tout le monde a pu sexprimer, dit-il. C’était très sain ». L’ancienne juge Manuela Carmena, connue pour son engagement anti-fasciste, est choisie pour prendre la tête de la liste, baptisée Ahora Madrid, Aujourdhui Madrid. Sans argent, ne comptant que sur la bonne volonté de ses militants venant d’horizons divers et variés, et n’ayant pour la plupart jamais pris part à des élections, Ahora Madrid crée la surprise et conquiert la capitale du pays.

 

Le mouvement du 15M

Le mouvement du 15M

 

Transparence et participation

Pablo Soto devient alors conseiller municipal, en charge de la transparence et de la participation citoyenne, une des revendications clés du mouvement du 15M. « Jai deux grandes missions : rendre la mairie transparente, afin que les citoyens sachent par exemple comment est utilisé leur argent. Et dautre part, faire en sorte que les gens puissent décider et donner leur avis, participer. On ne fait pas un chèque en blanc à une équipe en l’élisant. Les citoyens doivent décider de la ville quils veulent » explique-t-il. Pour ce faire, Pablo fait travailler une petite équipe de hackers et, avec eux, lance DecideMadrid, une plateforme de participation citoyenne, inspirée des expériences ayant déjà eu lieu aux quatre coins du globe. « On veut faire de la démocratie directe, et Manuela (Carmena) soutient ce processus. Ainsi, chacun peut faire une proposition en ligne et si 2% de la population lappuie, elle est débattue et votée » résume-t-il. La machine est en route. Pour la rénovation de la Plaza Espana, l’une des plus grande de la ville, une consultation est lancée. Les premières propositions citoyennes, comme la tarification unique dans les transports, émergent. Parallèlement à cela, un budget participatif, enveloppe allouée aux initiatives lancées par les madrilènes eux-mêmes, est voté. « L’échelle locale, celle dune ville, est la bonne pour promouvoir ce genre dinitiative » souligne Pablo Soto.

 

Obsédé par la politique

Pour autant, le jeune conseiller municipal ne s’économise pas et prend également part à la campagne de Podemos, le parti mené par Pablo Iglesias, lors des élections législatives de juin 2016. « Depuis le 15 mai, je suis obsédé par la politique, par le fait de redonner le pouvoir aux citoyens, rappelle-t-il. On nous a toujours dit quil n’était pas possible de concilier ouverture, intégrité, participation citoyenne et engagement dans des élections. Podemos est la preuve du contraire ». Si le parti n’a pas réussi à remporter la mise, il agrège plus de 20% des votes, après seulement deux ans d’existence et insuffle un vent nouveau dans un paysage politique espagnol moribond. « La sonrisa de un pais », « Le sourire dun pays », fut son slogan de campagne. C’est ce sourire qu’on peut voir poindre sur le visage de Pablo Soto, et il fait un bien fou.

 

Image à la Une : Pablo Soto, nuit électorale de Ahora Madrid le 24 mai 2015, par Myriam Navas

 

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