Ils s'engagent

Comment je suis devenu vegan

Le week-end dernier se tenait au parc de la Villette à Paris la seconde édition du Festival Smmmile, un festival alliant la découverte de la culture Vegan à une programmation musicale festive mais également des projections, des conférences et des ateliers de cuisine. Ici, le militantisme se fait discret, point de sentences moralisatrice ou de photos chocs. Bien sur, Greenpeace, L214 ou l'association végétarienne de France sont de la partie mais le but affiché est d’inviter à découvrir la culture vegan. A l’instar du végétalisme, le veganisme exclut tous les produits issus de l’exploitation animale de l’alimentation mais va plus loin en incluant aussi les produits non alimentaires comme le cuir ou la laine.

Nicolas Dhers, un des trois membres fondateurs du festival, explique que l’idée de ce festival vient avant tout “d’une volonté d’ouverture, d’une envie de créer des moments de vivre ensemble, et aussi de susciter un questionnement par rapport à des pratiques alimentaires.” Selon Nicolas, le mouvement vegan grandit “énormément en France” grâce à des associations comme L214. Pour preuve, l’ONG totalise “aujourd’hui près de 700 000 likes sur Facebook, ils ont quasiment doublé en  2 ans”, ce qui la place devant Greenpeace France ou Médecins du Monde. Pour autant Nicolas tempère, “ça ne veut pas dire que les gens sont tous devenus végétariens ou vegans mais que la question est devenue main stream grâce aux réseaux sociaux, aux médias, à l’ouverture de restaurants et une offre de nourriture vegan dans les supermarchés.”

 

Pour lui, aujourd’hui, la croissance du mouvement doit passer “par la bienveillance et la non-violence”. L’important, c’est “de ne pas juger et prendre les gens là où ils en sont de leur questionnement sur ce sujet” car il considère “que chacun possède une histoire alimentaire différente” et que le cheminement vers le véganisme prend du temps. Ancien consultant en développement durable pour les collectivités et organisations, c’est par “la porte environnementale” et une volonté de “réduire son empreinte écologique” qu’il est devenu végétarien puis vegan. Une façon de faire lui même ce qu’il conseillait aux autres. Nicolas n’est bien sûr pas le seul à partager ces convictions dans les allées du festival…

 

Carole, une psychologue de 56 ans se régale d’une gaufre vegan. Comme beaucoup, elle est devenue végétarienne, il y a 3 ans suite à la diffusion d’une émission ayant pour titre “l’animal est une personne”. Convaincue, elle arrête d’en consommer du jour au lendemain. Une décision commune prise avec son fils. C’est en continuant à s’informer qu’il est devenu évident pour elle de passer au véganisme. Le plus dur à vivre, “c’est l’indifférence des gens” face à la maltraitance des animaux. Mais loin d’être fataliste, Carole milite pour L214, l’association qui fait le buzz grâce à ses vidéos chocs sur les abattoirs.

 

C’est aussi une vidéo qui a poussé Martina vers le végétarisme. Une décision difficile à faire accepter dans sa famille originaire de Madagascar, un pays où “l’on consomme traditionnellement beaucoup de viande”. C’est d’ailleurs auprès de sa mère que “ça ne passe toujours pas“. Des critiques qu’elle rencontre dans la sphère familiale mais aussi amicale. Lors de soirées où elle annonce être vegan, elle a souvent l’impression de devenir “une véritable cible”.  À la question récurrente, “Tu manges assez de protéines ?”, elle répond, “Tu manges assez de fibres ?”.  Au début, elle avoue qu’elle partait “au quart de tour” mais arrive maintenant à en parler calmement. Signe des temps, Martina s’apprête à ouvrir avec son amie Laure une boutique végan dans Paris.

 

Agnès, 45 ans, a déjà sauté le pas puisqu’elle possède deux restaurants à Paris. Le premier dénommé Hank (acronyme de Have A Nice Karma) propose des burgers  et le deuxième est une pizzeria. Sa clientèle est “plutôt non-vegan”. D’ailleurs, ça ne l’étonne pas, les gens viennent comme ils iraient chez l’italien ou le thaïlandais.  Un signe que le véganisme est en train de rentrer dans les moeurs ? Elle affirme, confiante, que le mouvement “n’est pas une mode mais bien un mode de vie”.  Pour elle, tenir un restaurant vegan, c’est “une forme de militantisme” mais un militantisme doux qui n’a d’autre objectif que de proposer une nourriture bonne et saine. Depuis quelques temps, elle ressent un véritable engouement qu’elle attribue aussi aux réseaux sociaux qui permettent une diffusion rapide des idées, des débats et des recettes.

 

Ce ne sont pas des discussions virtuelles mais bien réelles qui ont amené progressivement Jean Philippe, 28 ans, au véganisme. C’est en échangeant avec des végétariens allemands au cours d’un séjour Erasmus en Suède qu’il entame sa conversion. Très vite, les étudiants étrangers soulignent qu’il ne peut pas revendiquer “une fibre écologique alors qu’il mange de la viande à tous les repas”.  Au fil des débats, il avoue être de moins en moins convaincu par ses propres arguments” et comprend qu’il “ne peut pas prôner un mode de vie écolo en continuant à manger de la viande”. Végétarien depuis 5 ans, il se dit que c’est “être encore un peu hypocrite” car consommer des produits laitiers participe aussi à la souffrance animale. Jean Philippe devient vegan depuis un an car “on est vegan à différents degrés et c’est une transition continue.”

 

Végétariens, végétaliens, ou végans, un brin prosélytes, ils vantent tous les bienfaits de leur alimentation pour la santé et ses bénéfices pour l’environnement. Une vague vegan s’apprête-t-elle à déferler sur le monde ? En attendant, vous reprendrez bien un peu de tofu ?

 

Crédit photo :  Philippe Alleaume

 

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