Ils s'engagent

Civic tech : miracle ou mirage ?

Replacer les citoyens au centre de la vie démocratique, telle est la promesse des « civic tech ». Révolutionnaires pour certains, simples outils pour d'autres, elles attendent pour l'heure leur public.

« La civic tech sauvera-t-elle le politique ? » interrogeait récemment le quotidien Le Monde. La question n’est pas nouvelle mais tend à devenir de plus en plus récurrente. Force est de constater que depuis plusieurs années déjà, de nombreux outils et applications émergent aux quatre coins de la planète et promettent de panser les plaies d’une démocratie représentative en grande souffrance. Remède annoncé à l’abstention, aux rejets des partis politiques, à la confiscation du pouvoir par des élites ou encore à la déconnexion entre peuple et gouvernants, celles que l’on nomme les « civic tech » devraient accoucher d’une nouvelle donne, d’une démocratie plus délibérative, plus directe.

 

Démocratie liquide

Tout le monde a en tête l’expérience de la « wiki-constitution » Islandaise, résultat des contributions en ligne de plusieurs milliers de citoyens du (petit) pays. Plusieurs villes ont quant à elles opté pour des budgets participatifs. Madrid, permet aussi à ses habitants de proposer des projets et de donner leur avis sur les politiques municipales, sur la plateforme « Decide Madrid ». Les sites de pétition en ligne, tel le pionnier Change.org créé en 2007, ont déjà connu des succès d’ampleur. Récemment, une pétition contre la loi travail, lancée par la militante féministe Caroline de Haas, a agrégé plus d’un million et demi de signataires. La start-up Politizr entend elle alimenter le débat public, et favoriser les échanges entre citoyens et élus. « Aujourd’hui, on est toute la journée sur Internet, sur nos smartphones, sur Facebook, Twitter et consorts. On y échange, on y partage des informations. C’est comme ça que l’on vit. C’est naturel de penser et de croire en une démocratie des réseaux, une démocratie plus liquide, où l’avis de chacun est pris en compte, où la participation de chacun est plus grande » explique Virgile Deville, la trentaine pas encore atteinte, l’enthousiasme et la motivation intactes. Virgile Deville est l’un des cofondateurs d’OpenSourceDemocracy, qui vise à promouvoir les outils libres et ouverts en politique. Il est également membre de DemocracyOS France, succursale hexagonale du Partido de la Red argentin, qui entend pour sa part secouer la démocratie en faisant élire des députés aux mandats impératifs, votant selon les choix des citoyens. Pour ce faire, ce parti, né en 2012 à Buenos Aires, a développé un outil de débats et de participation en ligne, baptisé DemocracyOS.

 

Mapping the Growing Civic Tech Movement 2 © jonny goldstein

Mapping the Growing Civic Tech Movement 2 © jonny goldstein

 

Faire comme Airbnb et Uber

Les initiatives sont légion. « Il y a une vraie lame de fond qui commence à être bien visible aujourd’hui, et qui va entraîner des changements structurels. Dans tous les cas, il est indispensable de replacer le citoyen au cœur de la démocratie » pointe David Guez, l’un des fondateurs de Laprimaire.org, qui veut permettre l’émergence de candidats-citoyens pour les prochaines présidentielles, choisis en ligne par les citoyens eux-mêmes. « Le potentiel des civic tech est incroyable, souligne Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à la Sorbonne et auteur d’une tribune bienveillante sur les civic tech pour Libération. Leur grand problème pour le moment est qu’elles ne sont pas utilisées, ou seulement par quelques milliers ou dizaines de milliers de personnes. Elles n’occupent pas l’espace politique. Quand elles franchiront le cap des millions d’utilisateurs, comme Airbnb ou Uber, la déflagration sera d’importance ». C’est justement à ce travail d’évangélisation et de diffusion que se livrent des collectifs comme DemocracyOS France, tant du côté des citoyens que des institutions et élus. Preuve sans doute que les choses avancent, la secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, a appelé de ses vœux à l’utilisation des civic tech. « Le démocratie en France et en Europe est malade (…) Ce qu’il nous faut c’est une nouvelle révolution, pas à coups de guillotine comme en 1789, mais en entrant dans une ère de démocratie permanente, où les citoyens co-construisent la vie publique et où les élus agissent en toute transparence ».

 

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