Les grands débats

Cinq questions qu’on se pose tous sur le développement durable

À l'heure où l'on réfléchit sérieusement à terraformer Mars, les français ne recyclent toujours pas les pots de yaourt. Pourquoi ? La réponse, comme d'habitude, c'est souvent l'argent.

  1. Pourquoi n’installe-t-on pas des panneaux solaires sur les toits de tous les bâtiments ?

 

Les choses seraient si simples si chaque foyer pouvait installer sur son toit de quoi être autosuffisant en énergie…

 

Tous les pays ne jouissent bien évidemment pas (du tout) du même ensoleillement. Un panneau solaire écossais produirait de l’énergie 50 jours par an, contre 150 pour un australien. Mais après tout, pourquoi pas ? Ce serait toujours ça de moins à faire produire en brûlant du charbon…

Certes, mais la production, l’installation et l’entretien d’un panneau solaire sont loin d’être des opérations anodines. Comme pour la plupart des dispositifs de haute technologie, ces procédés nécessitent leur lot de métaux lourds, de terres rares, de combustibles fossiles, de produits chimiques dangereux.

Au-delà d’une rentabilité financière pas toujours au rendez-vous, mais dont on pourrait facilement arguer qu’elle secondaire lorsqu’il est question de transition énergétique, se pose dont le problème de ce qu’on pourrait appeler la « rentabilité écologique » de la production d’énergie solaire. En dessous d’un certain degré d’ensoleillement et donc d’une certaine quantité d’énergie produite, un panneau solaire pollue tout simplement trop pour valoir le coup d’être installé.

 

  1. Pourquoi ne cultive-t-on pas tous les fruits et légumes destinés aux villes dans des fermes urbaines ?

 

Quand ils ne servent pas de fermes solaires, les toits pourraient servir de fermes tout court.

 

Sur le papier, les avantages de l’agriculture urbaine surpassent largement ses inconvénients. Outre les vertus socio-économiques pour les quartiers dans lesquels les fermes sont installées, plusieurs études mettent en avant des économies énergétiques substantielles (dues à la réduction des coûts de transport) et un impact de l’absorption du C02 par les végétaux sur l’empreinte carbone des villes.

De plus, les fermes urbaines peuvent participer à la décontamination des sols, et même réduire la pollution sonore en agrémentant toits et terrasses, qui réverbèrent les sons, de plantes qui les absorbent. De fait, des expérimentations ou des sites de production opérationnels ont fleuri dans beaucoup de grandes villes, de Mumbai à Oakland en passant par Pékin et Montréal.

Malgré ces promesses, on se heurte encore et toujours au problème fondamental qui, dès l’antiquité, avait repoussé l’agriculture hors des villes : la place. Le prix du m2 dans les grands centres urbains est déjà prohibitif pour qui voudrait produire des fruits et légumes pour un coût raisonnable. En attendant des politiques publiques radicales, les villes continueront encore un moment à « importer » leurs produits alimentaires.

 

  1. Pourquoi n’envoie-t-on pas tout simplement les déchets radioactifs dans le soleil ?

 

Le soleil, gigantesque et permanente explosion nucléaire

 

Ici, on change d’échelle. Imaginons le Soleil comme une gigantesque et permanente réaction thermonucléaire, située à 150 millions de kilomètres de nous, d’un volume 1,3 million de fois plus gros que celui de notre planète. Y lâcher un imposant chargement de déchets radioactifs ferait l’effet – on a déjà entendu ça quelque part – d’un crachat dans l’océan.

À l’heure où l’on arrive – presque – à poser des robots sur des comètes en mouvement et où l’on pense envoyer des hommes sur mars, le plan de route de la mission serait relativement simple : décollage, tout droit pendant 8 minutes-lumière, grosse explosion. Le coût d’un programme de fusées dépotoir serait immense, mais acceptable à l’échelle planétaire pour se débarrasser de déchets dangereux. D’autant que des entreprises comme SpaceX commencent à casser les prix en proposant des fusées réutilisables à partir de 60 millions de dollars.

Le problème, c’est que la première phase de l’opération est encore aujourd’hui beaucoup trop risquée. En cas d’avarie au décollage, ce dont l’histoire de la conquête spatiale est loin d’être exempte, c’est une cargaison autrement plus délicate que quelques plaques de métal incandescentes qui se mettrait à pleuvoir sur des centaines de kilomètres carrés …

 

  1. Pourquoi rouler en voiture électrique n’est-il pas obligatoire ?

 

La Zoe, fer de lance de la stratégie développée par Renault en vue de démocratiser la voiture électrique en France

 

La transition pose un problème classique d’œuf et de poule : la généralisation du véhicule électrique suppose un vaste réseau de bornes de recharge, mais le nombre de véhicules électriques (1% du parc automobile français) est encore trop faible pour justifier le déploiement des bornes à grande échelle.

Au premier janvier 2017, on dénombrait 5.295 stations électriques représentant 15.881 points de recharge. En outre, la répartition sur l’hexagone est loin d’être uniforme : trois régions (Ile-de-France, Auvergne-Rhône Alpes et Nouvelle-Aquitaine) abritent les deux tiers des points de recharge, et plusieurs territoires affichent une faible densité – moins de 40 points de recharge pour 100.000 habitants.

Sans oublier que, même si les technologies des batteries s’améliorent, les temps de recharge (de 30 minutes à plusieurs heures) sont encore dissuasifs pour certaines professions.

 

  1. Pourquoi ne doit-on pas jeter les pots de yaourt dans la poubelle de tri ?

 

Tout en lui crie « jetez moi dans la la poubelle de tri » ; et pourtant…

 

Les épluchures dans le compost, les emballages au recyclage, et les pots de yaourt ? Avec les ordures ménagères ? Quelle horreur. Pour qui a développé une conscience environnementale, le moment est toujours un peu frustrant : ils sont si gros, si peu biodégradables… mais il faut se résoudre à les jeter à la poubelle. Pourquoi ?

On entend souvent que parce que le pot de yaourt est sale, la quantité d’eau nécessaire à son nettoyage rendrait de fait son tri anti-écologique. Pour autant, nos voisins allemands les trient et en France, plusieurs collectivités mènent des expérimentations de recyclage portant sur des emballages alimentaires, y compris les pots de yaourt. Il doit donc y avoir autre chose.

Ce sont en fait nos industriels du recyclage qui rechignent : le pot de yaourt sale présente en effet les pires caractéristiques en matière de rentabilité. Tout d’abord, il est sale. Il faut donc le nettoyer. Écologiquement justifiable, ce nettoyage est coûteux. Ensuite, le pot en lui-même présente un ratio volume / quantité de plastique désastreux : à la fois creux et rigide, il demande beaucoup d’espace pour être transporté et stocké, tout en fournissant à l’arrivée une faible quantité de plastique à revendre.

 

Pour aller plus loin

« Il faut que les agriculteurs se forment ! » – François Veillerette

Pour François Veillerette, de « Générations Futures », il y a urgence. Parfois la pollution est visible, palpable : ce sont les déchets qui encombrent les océans ou les degrés Celsius qui grimpent. Mais la pollution peut aussi être invisible, plus pernicieuse et difficile à saisir. C’est contre ce genre de pollution, celle qui se retrouve dans l’air qu’on respire ou dans les aliments qu’on mange, que s’attaque cet ancien Président de Greenpeace France et aujourd’hui porte-parole de l’association « Générations Futures ». Interview avec un homme de conviction qui se bat pour que l’agriculture de demain fasse moins de dégâts.