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Quand l’amour voyage dans le temps

Partons à la découverte d’une catégorie tout particulière d’histoires d’amour que le temps ne peut effacer puisqu’il en est le centre : les Time Travel Romances, ou romances de voyage dans le temps. Attention, spoilers et questions existentielles à venir.

Parmi les comédies romantiques, la Time Travel Romance a su gagner ses lettres de noblesse dans les salles obscures grâce à des ressorts philosophiques. En magnifiant la moindre amourette au moyen des mystérieuses mécaniques du temps, le genre entraîne le spectateur dans des passions épiques et hyperboliques. C’est le cas du déchirant Hors du Temps sorti en 2009. Henry et Clare, protagonistes fous amoureux, doivent surmonter un étrange mal qui accable Henry : il est sujet à des sauts dans le temps incontrôlables et imprévisibles. Leurs sentiments – en principe absolus, sans conditions ni date limite – affrontent une métaphysique de l’univers toute chamboulée.

 

L'amour de Clare et Henry survivra-t-il aux incontrôlables allers et retours temporels de ce dernier ? - Crédits : The time traveler's wife (Hors du temps), New Line Cinema, 2009

L’amour de Clare et Henry survivra-t-il aux incontrôlables allers et retours temporels de ce dernier ? – Crédits : The time traveler’s wife (Hors du temps), New Line Cinema, 2009

 

Destin et libre arbitre

Deux visions du genre s’opposent alors, celle d’un futur modifiable et celle de la destinée. Dans un cas, le futur s’écrit – et se réécrit – grâce à la volonté des protagonistes ; dans l’autre, l’avenir est gravé dans le marbre quels que soient les efforts du héros.

On croyait que les religions monothéistes avaient largement balayé l’idée de la destinée, mais les romances de voyage dans le temps raffolent de cette thématique. Ainsi, tout au long de  Hors du Temps, Henry tente de sauver sa mère d’un accident de voiture dont il est témoin, mais en vain. Dans Quelque Part dans le Temps, le héros parvient à remonter jusqu’en 1912 pour rencontrer l’amour de sa vie, mais le destin s’acharne et le renvoie seul à son époque. La fatalité s’abat sur un amour dont l’intensité traversait pourtant les décennies.

Dans les romances où prévaut la théorie d’un temps modifiable, en revanche, le héros possède ou acquiert un pouvoir qui lui permet d’influer sur le passé ou le futur. Il peut le faire selon certaines conditions. Dans Il Était Temps, le personnage incarné par Domhnall Gleeson apprend à ses 21 ans qu’il peut revivre ses souvenirs à sa guise. Il en profitera pour optimiser sa vie et son couple en corrigeant ses erreurs tout au long de sa vie, ce qu’il peut faire sans conséquence – ou presque. À l’inverse, dans l’Effet Papillon, Evan (Ashton Kutcher) va systématiquement empirer le futur en essayant de sauver l’amour de sa vie dans le passé. Son pouvoir se transforme en malédiction et sa seule échappatoire est de renoncer à l’amour.

 

Dans About Time (Il était temps), réalisé par Richard Curtis en 2013, Tim peut voyager dans le temps à sa guise, ce qui améliore considérablement sa vie de couple avec Mary. Credit : Universal Pictures, 2013

Dans About Time (Il était temps), réalisé par Richard Curtis en 2013, Tim peut voyager dans le temps à sa guise, ce qui améliore considérablement sa vie de couple avec Mary. Credit : Universal Pictures, 2013

 

Sexisme et fatalité

En recourant souvent à une morale type carpe diem, le genre dispense finalement le spectateur d’avoir à questionner cette fatalité. De cette façon il apaise nos conflits intérieurs et les relativise. Le héros de Il Était Temps finit par ne plus utiliser son pouvoir, car il sait désormais apprécier la vie, ses joies et ses déceptions. Cette épiphanie est également ce qui sauve Bill Murray dans Un Jour Sans Fin. En effet, son personnage détestable et égocentrique brise la boucle temporelle dans laquelle il est piégé en s’intéressant enfin aux autres. C’est d’un nouvel homme – bon et altruiste – qu’Andy MacDowell tombe amoureuse, et c’est au moment où le couple couche ensemble pour la première fois que le mauvais sort est neutralisé.

 

Bien qu'il ne le mérite pas forcément, le misanthrope Phil Connors va littéralement avoir l'éternité devant lui pour conquérir le coeur de sa collègue Rita - Crédits : Groundhog Day (Un jour sans fin), Columbia Pictures, 1993

Bien qu’il ne le mérite pas forcément, le misanthrope Phil Connors va littéralement avoir l’éternité devant lui pour conquérir le coeur de sa collègue Rita – Crédits : Groundhog Day (Un jour sans fin), Columbia Pictures, 1993

 

Ce qui nous amène à un malheureux constat : le genre est un poil machiste. L’homme est toujours un aventurier du temps, quand la femme est soit l’objet de sa convoitise soit la victime passive de la situation. L’exemple de Hors du Temps cité plus haut est tristement révélateur : comme une femme de marin, Clare doit vivre seule et attendre le retour de son mari qui ne contrôle pas ses hoquets temporels.

En ce jour, ayons donc une petite pensée à toutes les femmes de marins et de voyageurs dans le temps pour qui la Saint Valentin n’est pas rose…

 

Petite compilation de Time Travel RomancesEntre deux rives, Hors du temps, Il était temps, Adaline, Quelque part dans le temps, Un jour sans fin, L’Effet papillon, sans oublier le classique Retour vers le futur !

Crédits de couverture : Somewhere in Time (Quelque part dans temps), Universal Pictures, 1980

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