Ils s'engagent

10 ans de vie en données

Le designer américain Nicholas Felton a transposé dix années de sa vie en données. Alimentation, déplacements, sommeil, poids, activités sportives, lectures, finances, sorties, conversations, sms échangés... rien n'y a échappé. Un projet qui préfigure ce que pourront devenir nos existences à l'heure du Big Data et des objets connectés.

Nicholas Felton n’est pas le premier venu. Designer new-yorkais, il s’est notamment illustré en participant à la création de la fameuse « Timeline » de Facebook, ce flux d’actualités qui accueille les utilisateurs du réseau social. Il s’est aussi distingué par un projet beaucoup plus surprenant et expérimental. En effet, entre 2005 et 2015, il a décidé de transposer intégralement sa vie en données. « Je voulais mieux me connaître, je voulais que ces données me révèlent des histoires sur moi-même, explique-t-il. Peu à peu, à travers toutes ces informations accumulées et modélisées, j’ai pu relire des séquences de ma vie, les analyser, mieux les comprendre. C’est aussi devenu une allégorie du monde dans lequel nous vivons, où nous produisons sans cesse toujours plus de données sur nous-mêmes ». Chaque année, Nicholas Felton a donc publié un « rapport » sous forme d’infographies, ses « Felton reports », dans lequel il a rapporté les données de sa vie. « Quand j’ai commencé, nous n’avions pas tous les objets connectés que nous avons aujourd’hui. Je devais retranscrire beaucoup de choses à la main, souligne-t-il. Là, par exemple, quand nous aurions fini notre conversation, j’aurais immédiatement retranscrit notre conversation ».

 

Nicholas Felton avoue s’être inspiré du « lifelogging », une pratique initiée dans les années 80 par le chercheur canadien Steve Mann, qui entreprit de capter l’intégralité de sa vie en fixant une caméra sur des lunettes. Le projet du designer américain fait également écho au « quantified self », ou « soi quantifié », pratique et mouvement lancés en 2007 par deux éditeurs du magazine high-tech californien Wired, Gary Wolf et Kevin Kelly. La pratique du « quantified self » invite ainsi à profiter de l’essor des objets connectés et autres applications pour smartphones, pour se mesurer en continu et tenter ainsi de s’améliorer. « En compilant toutes ces données, j’ai été amené peu à peu à changer mon comportement, à tenter de m’améliorer, confirme Nicholas Felton. Je pense que nous allons tous nous convertir au quantified self, à l’analyse de nos données. Ce mouvement est en cours. L’essor des objets connectés et de la collecte automatique des données nous pousse dans ce sens ». Nous voilà donc prévenus. En attendant, les « Felton reports » sont une illustration pour le moins éloquente de nos futures vies connectées, une vie faite de données et de quantification.

 

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